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Invasion de l'iraq: Une guerre illégitime

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 19 mars 2013

Impopulaire à tous les niveaux, l'invasion de l'Iraq est aujourd’hui considérée par l’opinion publique européenne et américaine comme un échec.

Guerre en Iraq
Chaque année, jusqu’au retrait américain de Bagdad en 2011, des protestations se formaient le 20 mars pour dénoncer l’intervention américaine.

Après une décennie, Tony Blair n’en finit pas de se justifier : « Je continue de croire qu’il fallait déposer le président iraqien Saddam Hussein. (…) J’ai pris une décision que je croyais juste. Et je l’ai prise sciemment en sachant qu’elle serait très impopulaire ».

Le point de vue de Tony Blair est, en effet, largement impopulaire. L’invasion britannique et américaine puis l’occupation ont suscité de vives critiques dans la quasi-totalité des pays du monde.

Après la décision de la coalition de partir en guerre en Iraq, les manifestations se sont multipliées un peu partout. « Non à la guerre du pétrole ! » et « Arrêtez la guerre en Iraq ! » étaient les slogans principaux du week-end du 15 février 2003, lorsque 10 millions de personnes ont manifesté simultanément dans presque toutes les grandes villes du monde. Et chaque année, jusqu’au départ du dernier soldat américain de Bagdad, des marches de protestation se formaient le 20 mars pour dénoncer l’intervention américaine.

Le mouvement a été particulièrement intense en Europe où, selon les sondages, entre 70 et 90 % de la population refusaient cette guerre. Le philosophe américain Noam Chomsky avait d’ailleurs annoncé dès le déclenchement de cette guerre en 2003 que c’était « la première fois dans l’histoire occidentale qu’une guerre impérialiste suscitait une telle opposition avant même qu’elle n’ait été lancée ».

L’opinion trompée

L’opinion américaine a, elle aussi, fait part de son désaccord. D’après une enquête publiée en juin 2005 par le Washington Post, une majorité d’Américains désapprouvaient la gestion de la situation en Iraq. Un Américain sur deux pensait que George W. Bush avait « intentionnellement trompé » l’opinion américaine sur les raisons d’engager cette guerre. Et 57 % d’entre eux estimaient que l’administration Bush avait exagéré la menace des armes de destruction massive.

En 2003, environ 150 000 personnes avaient manifesté contre la guerre d’Iraq dans les rues de San Francisco. En mars 2007, on comptait plus de 50 000 manifestants uniquement pour la ville de Washington.

Et l’opposition est allée crescendo : en 2008 et 2011, les sondages dévoilaient que l’opinion publique américaine s’opposait de plus en plus à cette guerre, 64 % estimaient alors qu’elle n’en valait pas la peine.

Ces chiffres révélateurs mettent en relief le désaccord des populations avec les décisions de deux des plus puissants pays de la planète. Pour Mohamad Abdel-Qader, spécialiste de l’Iraq au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, « durant ces longues années d’invasion, les manifestations n’ont jamais cessé. En Europe et en Amérique, elles étaient encore plus fortes que dans les pays arabes, simplement parce que ces peuples étaient conscients que cette guerre, depuis son déclenchement, ne respectait pas le droit international ».

En effet, quelques jours avant le lancement de l’offensive américano-britannique, le secrétaire général des Nations-Unies, Kofi Annan, avait mis en garde Washington et Londres. Il soulignait qu’une guerre menée sans l’approbation de l’Onu est illégitime. Kofi Annan souhaitait une deuxième résolution du Conseil de sécurité pour un feu vert éventuel à l’invasion de l’Iraq.

Près d’un an et demi après la chute du régime de Saddam Hussein et alors que la situation sécuritaire en Iraq tournait au chaos, Annan avait réaffirmé que cette guerre était « illégale » au regard de la Charte de l’organisation internationale.

Le Sénat américain débouté

Même le Sénat américain s’y est opposé. En mars 2007, il vote le retrait des troupes américaines d’Iraq avant mars 2008. Un mois plus tard, la loi est définitivement adoptée par le Sénat : le retrait des troupes doit se faire à partir d’octobre en échange d’une rallonge budgétaire de 124 milliards de dollars.

Mais le président Bush annonce qu’il met son veto à la loi votée par la majorité démocrate, estimant que « proposer un calendrier pour un retrait c’est proposer une date pour un échec et que cela serait irresponsable ».

Pour Abdel-Qader, « la guerre de Bush contre l’Iraq est jugée comme un échec. C’est la stratégie des néo-conservateurs comme Bush qui a mené à cet échec flagrant ».

Selon les chercheurs américains, David C. Hendrickson et Robert W. Tucker, Bush s’est trompé en « s’isolant pendant plus d’un an des autres pays, en méprisant l’autorité des Nations-Unies. Il est parti en guerre sur l’affabulation des armes de destruction massive iraqiennes et il n’a pas écouté les conseils de la vieille Europe. Croyant avoir raison contre tous, il s’est retrouvé seul à avoir tort ».

Les chercheurs ajoutent que Bush a aussi usé de faux prétextes : « celui des armes de destruction massive étant tombé, il invoque le droit international pour justifier son agression, quand son seul argument est la force. Il parle d’une menace militaire de l’Iraq contre l’Amérique, quand autrefois, surarmé, ce pays se révéla incapable de gagner la guerre contre l’Iran ».

Faire juger Blair et Bush

Depuis plusieurs années, des activistes, parfois des Américains ou des Britanniques, cherchent à faire juger Bush et Blair pour crimes de guerre. Selon un récent sondage fait en Grande-Bretagne à l’occasion des 10 ans de l’invasion, 53 % des Britanniques estiment que Tony Blair a eu tort d’envahir l’Iraq.

Plus révélateur, 22 % affirment qu’il a sciemment trompé le Parlement et le public et devrait être jugé pour crimes de guerre. Un rapport d’Amnesty International qui vient d’être publié dévoile les exactions et les violations des droits humains commis sur les civils iraqiens depuis la chute de Saddam Hussein. La liste est longue : agressions contre des civils, torture de détenus, procès iniques ...

« Ni le gouvernement iraqien, ni les anciennes forces d’occupation n’ont adhéré aux normes qu’ils devraient pourtant respecter selon le droit international. Le peuple iraqien continue à payer très cher cette incurie », souligne le rapport de l’ONG.

S’il est peu probable que les anciens leaders américains ou britanniques soient un jour traduits en justice, ces rapports écorchent fortement la diplomatie de ces pays. Difficile, après avoir bafoué le droit international, de se placer en exemple de justice et de démocratie. D’autant plus que les conséquences de cette guerre sont désastreuses : elle laisse un pays en sang, divisé et en ruine.

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