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Des citoyens de second plan

Lundi, 18 mars 2013

Voilà quelque temps que les nouvelles d’incidents très graves commis contre des citoyens égyptiens se succèdent en Libye. Tout au long de la semaine dernière, les pages de journaux ont été noircies de récits affligeants narrés par de nombreux Egyptiens expatriés, surtout coptes, travaillant en Libye. Pour certains d’entre eux, des parties de leurs corps avaient été brûlées, parce qu’une croix y était tatouée. D’autres ont été battus à mort ou déshabillés et noyés dans de l’eau froide.

Après six ans de présence sans encombre en Libye, Ezzat Atallah fait partie de ces personnes ayant perdu la vie, en raison de tortures subies. Depuis la révolution, des tendances islamistes rigoristes ont commencé à émerger et à poursuivre non seulement les coptes égyptiens résidant en Libye, mais également les musulmans. La dernière victime connue de tortures en Libye a été le chauffeur Ibrahim Ismaïl, dont les funérailles ont eu lieu il y a quelques jours dans son village d’Al-Delgamon, à Kafr Al-Zayat.

Ces incidents rappellent les événements qui se sont déroulés il y a plusieurs mois contre un certain nombre d’Egyptiens résidant dans un autre Etat arabe, à savoir les Emirats arabes unis. De nombreux Egyptiens appartenant à la confrérie des Frères musulmans en Egypte ont été arrêtés et accusés de porter atteinte à la sécurité nationale du pays hôte.

Cependant, la réponse politique apportée par l’Egypte a été extrêmement différente, selon les deux pays. Alors que les responsables se sont empressés de former une délégation de haut niveau pour se rendre aux Emirats arabes unis, afin de libérer les détenus, ce même intérêt n’a pas été porté aux Egyptiens incarcérés en Libye. Cette différence de traitement est d’autant plus surprenante qu’aucun cas d’assassinat ni de torture n’a été relevé aux Emirats.

Immédiatement, une délégation présidée par l’un des conseillers du président de la République a été désignée pour défendre les citoyens égyptiens concernés. Quelques jours après l’incarcération d’Egyptiens, elle est allée à Abu-Dhabi, afin de les libérer. Malheureusement, la délégation est revenue sans avoir été en mesure de mener à bien sa mission. Le Conseil consultatif avait tenu une session privée avant le départ de la délégation, pour discuter de « la cause » des détenus égyptiens qu’il avait considérée d’une « extrême importance », pour reprendre les termes de son président. Mais pour le cas de la Libye, on ne retrouve aucune trace d’une quelconque réaction officielle, à part des procédures traditionnelles. Est-ce parce que la majorité des incarcérés étaient des coptes ? Ces sévices avaient atteint également des musulmans, mais qui n’étaient pas membres de la confrérie des Frères musulmans.

L’accusation portée contre les Egyptiens de Libye est la même que celle adressée aux Egyptiens résidant aux Emirats : le prosélytisme. Les coptes de Libye sont accusés de propager le christianisme, et aux Emirats arabes unis, il est reproché aux Egyptiens de propager les idées de la confrérie.

Et dans les deux cas, les citoyens sont des Egyptiens. La toute première mission d’un gouvernement est de protéger ses citoyens sans discrimination aucune, et non pas uniquement, dans le cas de l’Egypte, les membres de la confrérie. Si une quelconque préférence est détectée sur ce dossier, cela contribuera à entacher la légitimité du gouvernement.

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