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Slaheddine Jemmali : La solution devra venir des Libyens et non pas être imposée de l’extérieur

Karem Yehya, Mardi, 06 décembre 2016

Récemment nommé émissaire spécial de la Ligue arabe en Libye, le diplomate tunisien Slaheddine Jemmali explique sa nouvelle mission. Il espère booster le rôle arabe dans la relance du dialogue inter-libyen.

Tunis,
Correspondance —

Al-Ahram Hebdo : Accédez-vous à ce poste avec votre propre plan pour résoudre la crise libyenne ?

Slaheddine Jemmali : J’étais récemment au Caire et je me suis longuement entretenu avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmad Aboul-Gheit, de la situation en Libye. Nous avons été rejoints par l’envoyé spécial de l’Onu pour la Libye, Martin Kobler. J’ai senti une volonté d’accroître le rôle arabe dans le dossier libyen. C’est une évolution positive dans la mesure où la situation en Libye pèse sur la sécu­rité et la stabilité des autres pays arabes. Et le secrétaire général a insisté sur la coordination avec les Nations-Unies et l’Union africaine. Les efforts arabes se feront donc de concert avec la communauté internationale pour éviter toute dispersion. Notre objectif à tous est de ramener la sécurité en Libye.

— La Ligue arabe n’a-t-elle donc pas de plan bien défini ?

— Bien sûr que si. Le plan de la Ligue arabe consiste à encourager le dialogue inter-libyen. De mon côté, je ne pense pas avoir un plan dif­férent de celui-ci. Nous avons comme référence l’accord de Skhirat et les initiatives africaines et internationales déjà engagées. Je travaillerai avec toutes les parties et je ferai en sorte que les efforts arabes deviennent la force motrice vers une solution pacifique. Je suis convaincu que la solution devra venir des Libyens et non pas être imposée de l’extérieur. De notre côté, on parlera à toutes les parties sans exclusion ni discrimina­tion.

— Les pays membres de la Ligue arabe ont-ils une politique unie vis-à-vis de la Libye ?

— Je ne crois pas qu’il existe des divergences majeures entre les pays arabes par rapport à la Libye, d’ailleurs les décisions de la Ligue arabe sont toutes prises à l’unanimité. Je pense que nous avons une occasion pour parvenir à une position arabe cohérente, et je vais travailler dessus durant mes prochains déplacements dans les capitales arabes.

— Pensez-vous que l’organisation Daech ne représente plus une menace en Libye ?

— Daech est comme un cancer, il disparaît ici pour réapparaître là. Il est vrai que cette organi­sation a été battue à Syrte, mais elle dispose de cellules dormantes dans le sud et l’ouest du pays. Daech a aussi des liens avec Boko Haram. Bien sûr Syrte était jusqu’à peu un émirat de Daech, et le fait de l’en avoir chassé est non négligeable mais il faut continuer à traquer les réseaux souterrains et les cellules dormantes. De plus, le problème ne se limite pas à Daech, il y a les groupes, non moins dangereux, d’Ansar Al-Charïa et d’Al-Qaëda. Même Boko Haram a une présence dans le nord libyen, et c’est un groupe affilié à Al-Qaëda …

— Avec votre expérience d’ancien diplo­mate en Libye, comment voyez-vous les rela­tions entre les milices armées et les tribus ?

— C’est une relation qui n’a rien de straté­gique, elle est imposée par les circonstances et basée sur les menaces et les chantages de la part des milices. Contrairement aux milices, les tri­bus oeuvrent pour la restauration de la paix et de la stabilité. Certaines de ces milices ne sont même pas libyennes et leurs chefs n’ont pas la nationalité libyenne, ce qui explique comment les liens qui existent entre elles et certaines tri­bus sont imposés à celles-ci. La Libye est un pays uni et les tribus y ont coexisté depuis des siècles entretenant des relations simples et nor­males. En fait, les tribus sont contre la violence et le chaos.

— Dans une interview au journal Libya Al-Mostakbal, vous avez affirmé que le géné­ral Khalifa Haftar et l’armée nationale libyenne étaient une partie de la solution. Pouvez-vous éclaircir cette déclaration ?

— Le général Haftar est un commandant mili­taire, mais il est aussi un homme politique. L’armée libyenne qu’il commande mène une guerre contre le terrorisme et a réalisé des succès dans certaines régions. Cela dit, toutes les par­ties libyennes participent à la solution et en font partie. Les Libyens sont capables de dépasser la situation actuelle, et s’il existe aujourd’hui une barrière psychologique qui les en empêche, je suis sûr que cette barrière sera bientôt franchie. Ce qu’il faut c’est de placer l’intérêt de la Libye au-dessus des intérêts personnels.

— Pensez-vous que le gouvernement d’union nationale de Fayez El-Sarraj soit capable de surmonter son impopularité et ses échecs économiques et sécuritaires ?

— Le gouvernement de Sarraj est issu de l’ac­cord de Skhirat, il est le fruit d’un dialogue inter-libyen et a bénéficié du soutien de l’Europe et des Etats-Unis. Mais aujourd’hui ce gouverne­ment est dépourvu des moyens nécessaires pour exercer son pouvoir. Il ne dispose ni d’une armée, ni d’une police et c’est pourquoi ses accomplissements étaient en deçà des attentes. En tout cas, l’accord de Skhirat, qui reste aujourd’hui encore une principale référence, pourrait être modifié avec l’aval des diverses parties et en fonction de leur vision de l’avenir.

— Et qu’en est-il du rôle du pétrole dans la crise libyenne ?

— Le pétrole appartient à tous les Libyens et il ne faut pas s’en servir comme carte de chan­tage ou outil de pression pour le compte de telle ou telle partie.

— Avez-vous fixé une date butoir pour trouver une solution à la crise libyenne ?

— Dans quelques mois peut-être, mais tout dépend des Libyens eux-mêmes. Ce que je peux souhaiter c’est d’avancer chaque jour un peu plus dans la direction d’une solution pacifiqueز

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