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Moustapha Hegazi, fondateur de l’association Nasaq: « La colère monte et l’Egypte s’enlise dans la crise »

Chérine Abdel-Azim, Mardi, 12 mars 2013

Le penseur Moustapha Hegazi, fondateur de l’association Nasaq, analyse la situation actuelle en Egypte après les incidents du 9 mars, jour du verdict sur le drame de Port-Saïd.

Hegazi

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous la situation en Egypte après le verdict de la Cour d’assises dans le procès du massacre de Port-Saïd ?

Moustapha Hegazi : Tout ce qui se passe en Egypte ces jours-ci n’est, au fond, que la conséquence logique des événements qui ont commencé le 1er février 2012, jour du massacre du stade de Port-Saïd, dans lequel les Frères ont joué un rôle, selon ma conviction personnelle. Les citoyens n’ont désormais plus confiance dans le système juridique. A présent, le régime veut déformer l’image des Ultras en les faisant passer pour des criminels et des baltaguis. Les Frères veulent transmettre un message clair au peuple : les islamistes maintiendront leur suprématie. Ils veulent briser la résistance du peuple et le faire plier à leur volonté. Ces actes de violence ne sont qu’un aperçu des dégâts qui pourraient survenir en cas de désobéissance.

Pourtant, les islamistes ne pourront pas changer la nature de notre peuple. Il ne faut pas oublier que des millions de personnes qui s’opposent aux Frères ont choisi de boycotter les prochaines élections. Si ces personnes décident de participer au vote, on ne peut pas savoir à qui elles peuvent voter. Les acteurs politiques actuels ne sont plus capables de faire bouger la rue. Il faut réaliser que la période de la révolution du 25 janvier et du soulèvement spontané des citoyens est révolue.

— Comment expliquez-vous le silence de la présidence et des cadres des Frères musulmans par rapport à ce qui se passe dans le pays ?

— Il ne faut pas s’attendre à grand-chose. Ce courant politique est en train de préparer la scène en attendant que le feu se calme pour profiter au mieux de la situation. Mais ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que leur silence ne va pas calmer le pays. Au contraire, la colère monte et le pays semble s’enliser dans la crise.

— Pensez-vous que la réapparition de l’armée sur la scène politique signifie qu’elle cherche à nouveau un rôle politique ?

— Les responsables de l’armée ont bien retenu la leçon. Ils ont bien appris à éviter les erreurs de leurs pairs. Il faut dire aussi que l’institution militaire n’a pas besoin de réapparaître sur la scène politique en tant qu’acteur.

Elle peut se contenter de son rôle d’arbitre et décider elle-même du moment opportun pour son retour dans l’arène. C’est un message indirect de la part de l’armée envoyé à la fois au régime et au peuple et qu’il faudrait lire entre les lignes.

— Et le régime ne lit-il pas ces « messages indirects » selon vous ...

— Au contraire, il les reçoit bien et c’est d’ailleurs pourquoi les Frères musulmans veulent à tout prix organiser les élections législatives. La confrérie pense qu’à chaque fois qu’elle élargit ses pouvoirs, cela lui permet de mieux asseoir sa domination, ce qui est complètement faux. Les Frères musulmans n’arrivent pas à comprendre que cette équation utilisée par l’ancien régime ne peut plus être appliquée après la révolution du 25 janvier.

— Au-delà de cette période de transition difficile, où va l’Egypte ?

— Malgré tout cela, je suis sûr que l’Egypte se tourne vers un avenir meilleur. Nous sommes dans une opération d’accouchement au forceps de l’Egypte de demain, qui ne fait que révéler jour après jour la réalité des Frères musulmans. Le problème, à l’origine de cette crise, est que les islamistes ne comprennent pas ce que veut dire la notion de « patrie ».

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