Samedi, 13 avril 2024
Al-Ahram Hebdo > Egypte >

Egypte-Etats-Unis : Les relations réaffirmées

Caroline Odoz, Mardi, 05 mars 2013

La visite au Caire cette semaine du secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a laissé l’opposition perplexe. Certains propos ont été particulièrement mal perçus.

Egypte-Etats-Unis
L'opposition est divisée entre l'acceptation et le refus de rencontrer Kerry.

« il ny a absolument rien pour le peuple égyptien dans la politique extérieure des Etats-Unis », affirme Walid Qazziha, professeur spécialiste du Moyen-Orient à l’Université américaine du Caire, réagissant à la visite du nouveau secrétaire d’Etat américain, John Kerry, samedi et dimanche derniers au Caire.

« Accepter de rencontrer les Américains ne fait que les conforter à aller toujours plus loin, avec pour principal objectif de cimenter la paix avec Israël, et donc de favoriser la stabilité sous oppression, si besoin. Quitte à ce que s’installe une véritable dictature sunnite en Egypte », ajoute-t-il.

L’échiquier régional est au centre de toutes les rencontres officielles de Kerry en tournée marathon au Moyen-Orient. Dans le cas particulier de l’Egypte, il a réitéré l’assurance que les Etats-Unis ne souhaitent ni s’immiscer dans la politique intérieure, ni favoriser une tendance politique particulière, mais bien oeuvrer au bénéfice du peuple égyptien dans son ensemble : « J’insiste encore, aussi fortement que je peux, nous ne sommes pas ici pour nous ingérer, je suis ici pour écouter ».

Il s’est entretenu le même jour avec des hommes d’affaires, le chef de la Ligue arabe et les figures de l’opposition qui ont bien voulu le rencontrer. Lors de sa conférence de presse conjointe avec le ministre égyptien des Affaires étrangères, Mohamad Kamal Amr, Kerry a réaffirmé qu’il est « crucial que les Egyptiens s’accordent sur des choix économiques et trouvent un terrain d’entente pour être en mesure de faire ces choix. Il est important et urgent que l’énergie de ce peuple soit focalisée sur la construction d’un futur prospère ».

Un discours mal perçu

Cette déclaration d’intention a été interprétée par les partis d’opposition comme une pression directement exercée sur eux, et à travers eux, sur le peuple égyptien, pour les obliger à laisser de côté leurs revendications et à obéir au processus électoral dicté par les Frères musulmans. Le refus de cette ingérence en politique intérieure, qui occulte tous les problèmes des droits de l’homme et du citoyen, est à la base des critiques de beaucoup d’activistes contre cette visite et du refus de certains membres de l’opposition de rencontrer Kerry.

Cependant, si la presse a fait ses choux gras du refus des membres du FNS de rencontrer Kerry, il semble qu’un autre mécanisme ait également été à l’oeuvre. « Ils voulaient réunir tous les partis d’opposition, dits non islamistes, sur une seule table ronde, où chacun n’aurait eu la parole que quelques minutes. Ce n’est pas sérieux. Et cela entérine la vision que l’opposition égyptienne ne serait qu’une poignée d’activistes décoratifs. Il n’est pas possible dans la situation actuelle de laisser les Etats-Unis penser que la présidence et les Frères sont les seuls interlocuteurs valables », répond Khaled Daoud, porte-parole du FNS.

Mohamed ElBaradei a finalement eu un entretien téléphonique de 20 minutes avec Kerry, tandis que Amr Moussa l’a rencontré pendant 45 minutes. Les réticences de l’opposition à rencontrer Kerry « permettent de mettre en évidence que la position des Etats-Unis est biaisée », dit Achraf Chérif, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire.

La toile de fond de la visite de Kerry est inquiétante. « Il n’y a pas eu un jour de calme depuis le 22 novembre », rappelle Daoud. « Ils veulent nous pousser à participer au processus électoral alors que la situation générale de sécurité intérieure de l’Egypte est bien plus inquiétante que lors des premières législatives », ajoute-t-il.

C’était apparemment le contenu de l’entretien de Baradei avec Kerry. « Nous devions expliquer les tenants et les aboutissants du boycott auquel nous appelons et informer les Etats-Unis de la réalité de la situation intérieure », rapporte Daoud.

Qazziha va plus loin : « Se compromettre à rencontrer Kerry tient du suicide politique. Pas seulement pour les partis d’opposition, mais aussi parce que cela reviendrait à admettre qu’il n’y a plus d’alternative politique en Egypte. Ce serait laisser complètement tomber tous ceux qui revendiquent leurs droits aujourd’hui et veulent un gouvernement responsable de ses actes devant eux ». Kerry semble avoir ainsi été un révélateur de plus du climat politique actuel.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique