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Kenya: Après les élections, Nairobi retient son souffle

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 05 mars 2013

Les élections générales se sont déroulées dans un contexte relativement calme, malgré la mort de 12 personnes dont 6 policiers. Les deux favoris, Raila Odinga et Uhuru Kenyatta, sont à égalité dans les sondages.

Kenya
Les actes de violence ayant eu lieu la veille des élections n'ont pas empêché des milliers de Kényans de voter. (Photo: AP)

Entre espoir et crainte, les électeurs ont afflué en grand nombre lundi 4 dans les bureaux de vote, malgré les violences qui avaient lieu la veille. Le chef de la police kényane, David Kimaiyo, a annoncé que « six policiers et six assaillants ont été tués », à Mombasa, deuxième ville du pays, lors de deux affrontements armés dans la nuit de dimanche.

« Les policiers sont tombés dans une embuscade tendue par un groupe d’environ 200 assaillants armés de fusils, d’arcs et de flèches », a-t-il expliqué, attribuant implicitement les attaques au Conseil républicain de Mombasa (MRC), groupe séparatiste local qui a appelé au boycott du scrutin. La justice a annulé l’an dernier les sanctions sur le MRC, prononcées en 2010, mais les autorités le considèrent toujours comme un groupe criminel et ont arrêté la plupart de ses responsables en octobre dernier.

Un bureau de vote de Mandera, localité frontalière de la Somalie, a été aussi visé par une bombe artisanale qui n’a pas fait de victimes et n’a que temporairement interrompu le vote. Dans plusieurs circonscriptions de la région du Delta de la rivière Tana, théâtre en 2012 d’affrontements ethniques présumés instrumentalisés en vue des élections locales et qui ont fait une centaine de morts, plusieurs électeurs n’ont pu voter faute de trouver leur nom sur les listes.

100 000 policiers déployés

Face à ces menaces, la police a affirmé avoir déployé 99 000 policiers sur l’ensemble du territoire pour assurer la sécurité du scrutin. En effet, les attaques évoquées par la police ne paraissaient pas perturber gravement le processus électoral sur la côte du Kenya, l’une des régions les plus susceptibles d’être le théâtre de violences en raison de fortes disparités sociales, de l’existence d’un mouvement sécessionniste et de la présence de sympathisants des insurgés somaliens shebab.

Des milliers de Kényans devaient élire leurs président, députés, sénateurs, gouverneurs (exécutif départemental), membres de l’Assemblée départementale et un quota de femmes à l’Assemblée nationale. Au total, ils devaient déposer six bulletins dans six urnes différentes.

Par ailleurs, la présidentielle s’annonce extrêmement serrée, entre les deux favoris, le premier ministre Raila Odinga et le vice-premier ministre Uhuru Kenyatta, fils du premier président du pays, quasiment à égalité dans les sondages. Les deux candidats ont appelé leurs électeurs à participer massivement afin de leur assurer une victoire à la majorité absolue au 1er tour, qui semble toutefois peu probable pour l’un ou l’autre des deux candidats.

« Présentez-vous en grand nombre dans les bureaux de vote, emmenez même les malades voter », a lancé Odinga. « Participez en grand nombre, nous voulons gagner au premier round », a parallèlement lancé Kenyatta à ses partisans à la veille des élections.

Durant des semaines les huit candidats, les ONG et les médias ont multiplié les appels à un scrutin pacifique. Mais Odinga a lancé quelques jours avant les élections plusieurs avertissements contre des fraudes et a souligné la possible colère de ses partisans en cas de défaite. Il a aussi critiqué l’action de certaines institutions, dont la Commission électorale. Il a ensuite démenti ces accusations la veille du scrutin.

En décembre 2007, l’annonce de la défaite d’Odinga face au président sortant Mwai Kibaki — qui, à 81 ans, ne se représente pas cette année — avait déclenché une violente contestation qui s’était muée en affrontements politico-ethniques sans précédent.

Plus d’un millier de personnes avaient été tuées et plus de 600 000 déplacées. Kenyatta, qui soutenait à l’époque M. Kibaki, est inculpé par la justice internationale pour son rôle présumé dans l’organisation de ces violences. Ainsi avec un mélange de sentiments d’inquiétude et d’espoir, les Kényans attendent les résultats et les conséquences de leur choix.

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