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Le politologue Achraf Al-Chérif : « L’opposition n’a pas les moyens de participer aux élections »

Mavie Maher, Mardi, 05 mars 2013

Le politologue Achraf Al-Chérif, professeur de sciences politiques à l’Université américaine du Caire, estime que les prochaines législatives seront remportées par les islamistes malgré la colère de la rue.

Al-Ahram Hebdo : L’opposition a décidé dans sa majorité de boycotter les prochaines législatives. Que pensez-vous de cette décision ?

Achraf Al-Chérif : On s’y attendait. La décision des forces civiles, surtout le Courant populaire et le Front national du salut, de boycotter les élections parlementaires n’est pas une surprise. Jusque-là, il n’existe aucune garantie sur la transparence des élections. Donc, il était bien logique de penser au boycott surtout avec cet état général de grogne et de colère qui s’accentue dans la rue égyptienne.

— Mais à quoi peut servir le boycott ?

— Il faut reconnaître que l’opposition en Egypte n’a pas les moyens de participer aux élections. Elle n’est pas très organisée et la seule chose qu’elle peut espérer est un vote de protestation anti-Frères. Le plus important n’est pas de boycotter ou non les élections mais comment activer cette décision qu’elle soit en faveur d’une participation ou non. Autrement dit, si l’opposition boycotte, le but sera de remettre la légitimité des élections en question. Si elle décide de participer, le but sera de mobiliser la rue et de tenter de former sous la coupole une minorité efficace. En fait, le système politique reste très loin des problèmes des citoyens.

Comment l'opposition peutelle surmonter ce défi si elle décide de boycotter ?

— Les forces d’opposition doivent renforcer leurs relations avec les mouvements populaires et de protestation et communiquer davantage avec les gens. Elles doivent absolument expliquer les raisons et les buts du boycott, surtout présenter leur alternative. Ce qu’elles n’ont pas fait jusque-là. Elles doivent travailler sur les futures élections municipales par exemple. Elles doivent trouver un projet politique différent et intéressant.

— Et que pensez-vous du dialogue national sur l’intégrité des élections, tenu par le président de la République la semaine dernière ?

— Il n’est d’aucune utilité. Ce qui pouvait être intéressant c’était de prendre des décisions et non de mener un nouveau dialogue. La présidence connaît très bien les revendications de l’opposition, tels le changement du gouvernement contrôlé en majorité par les Frères musulmans, le limogeage du procureur général et le report des élections jusqu’à la modification de la loi électorale.

— Parlons de la loi électorale, le découpage des circonscriptions est au centre d’un débat houleux ...

— Bien sûr, cette loi est inconstitutionnelle, il n’y a aucun changement positif concret dans le découpage des circonscriptions. On s’est contenté d’augmenter le nombre de sièges et on les a répartis entre les gouvernorats. La manière dont ce découpage est fait reste injuste et ne garantit que la supériorité des Frères musulmans aux législatives.

— Dans quel sens les événements vont-ils évoluer à votre avis ?

— Le système politique dans sa totalité, opposition incluse, est en faillite. Tant le pouvoir que l’opposition sont incapables de communiquer avec les citoyens. On peut s’attendre à ce que les manifestations contre le régime dans les gouvernorats se transforment avec le temps en un mouvement fort capable de défier le système en place. Si le fossé s’élargit entre le système politique et la rue, cela amènera le pays au chaos. Je pense que malgré la colère de la rue, les Frères musulmans remporteront les élections car ils restent toujours les plus organisés face à une opposition faible.

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