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Le spectre de l'inflation

Marwa Hussein, Lundi, 07 novembre 2016

Le gouvernement a augmenté les prix des carburants subventionnés afin de contenir le déficit budgétaire prévu à la hausse après la dépréciation de la livre égyptienne, mesure requise par le FMI.

Le spectre de l
La hausse des prix des carburants serait assumée par la classe moyenne. (Photo : AP)

Dès le lendemain du flottement de la livre égyptienne face au dollar, le gouvernement a adopté une autre mesure non populaire en coupant les subventions à l’énergie, et en élevant les prix à la pompe des carburants. Le ministère du Pétrole a annoncé sur son site les nouveaux prix du carburant, en application depuis le 4 novembre. La hausse des prix varie entre 7,1 et 87,5 % pour l’essence, le diesel, le gaz naturel, le gaz butane et le mazout. Ainsi, les prix des cylindres de butane ont presque dou­blé, passant de 8 L.E. à 15 L.E. pour les ménages et de 16 à 30 L.E. pour les commerces. Celui de l’essence octane 80 est passé de 1,6 L.E. à 2,35 L.E. le litre, l’octane 92 est vendu à 3,5 L.E. contre 2,6 L.E. auparavant, alors que le prix de l’essence octane 95, déjà libéralisé, est resté inchangé à 6,25 L.E. Le mètre cube de gaz naturel est vendu à 1,6 L.E. contre 1,1 L.E. Et varie entre 0,75 L.E. et 2 L.E. pour les ménages suivant les tranches de consommation. Finalement, le prix du mazout pour l’industrie agroalimentaire a légère­ment augmenté à 1 500 L.E. la tonne, celui vendu aux cimenteries est passé à 2 500 L.E., le même prix est appliqué pour le mazout utilisé par les centrales électriques, alors que son prix pour les autres industries a été fixé à 2 100 L.E. Le premier ministre, Chérif Ismaïl, a révélé lors d’une conférence de presse que le prix du carburant va encore augmen­ter : « Le gouvernement a un plan pour annuler les subventions à l’énergie sur cinq ans mais ne pos­sède pas ce luxe actuellement ».

La baisse des subventions a pour objectif de contenir le déficit budgé­taire. Celui-ci doit atteindre 9,8 % et même dépasser ce chiffre. En sep­tembre, le ministre du Plan avait révélé que le déficit budgétaire au cours des neuf premiers mois de l’année fiscale 2015/16 a augmenté de 16,8 % et se situe à 254,9 mil­liards de L.E.

En fait, il prévu que les subven­tions à l’énergie doublent malgré la hausse des prix des carburants à cause de la hausse des taux de change. Il était prévu qu’elles attei­gnent 35 milliards de L.E. « La restructuration des subventions à l’énergie est censée compenser la hausse de la facture des importa­tions étatiques que le gouvernement va endurer en achetant les produits pétroliers selon un taux de change élevé », commente Réham Al-Dessouqi, économiste en chef auprès d’Arqaam Capital.

Montée en flèche de l’inflation

L’effet négatif serait sur l’infla­tion. Celle-ci va augmenter et peser sur les budgets des ménages. L’Organisme central de mobilisa­tion publique et des statistiques (CAPMAS) a publié les hausses attendues des tarifs des moyens de transport en conséquence de la hausse des prix des carburants. Selon les calculs du CAPMAS, les tarifs des microbus devraient aug­menter entre 1,6 % et 13,5 % sui­vant le combustible utilisé, la dis­tance ou bien la marque du véhi­cule. Les tarifs des taxis devraient augmenter de 5,5 %. Les taxis ont débloqué leurs compteurs et les bagarres entres les chauffeurs de microbus et les passagers n’ont pas cessé depuis la hausse des prix. Réham Al-Dessouqi prévoit une hausse de l’inflation comprise entre 18 et 20 % vers la fin de l’année. Celle-ci pourrait atteindre entre 22 et 24 % au cours du premier tri­mestre de 2017. « La hausse des prix des carburants sera le facteur majeur qui va enflammer l’infla­tion, et non pas la dévaluation de la livre dont l’effet a été déjà ressenti par les consommateurs et les entre­prises depuis la hausse du dollar sur le marché parallèle », explique Réham Al-Dessouqi.

Malgré la hausse des prix, l’intro­duction de la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA), la hausse considé­rable du prix du dollar sur le marché noir et la difficulté de s’en procurer au prix officiel, le taux d’inflation en septembre, bien que toujours élevé, a été contre toute attente infé­rieur à celui d’août. Selon les statis­tiques du CAPMAS, l’inflation annuelle a enregistré 14,6 % en sep­tembre contre 16,4 % en août. La première régression depuis six mois. Le taux d’inflation mensuelle a également baissé à 1,3 % en sep­tembre contre 2 % en août. Cela s’explique par le fait que l’effet de l’introduction de la TVA ne s’est pas encore reflété sur les chiffres. Le niveau de vie des Egyptiens doit en principe régresser. « La classe moyenne va être sous pression vu que les mesures de protection sociales ne sont pas suffisantes pour la protéger. Elle va assumer le coût sans bénéficier de la protection dont bénéficient les classes les plus démunies », argumente Al-Dessouqi. La majorité parlementaire a annon­cé dans une déclaration son plein soutien aux nouvelles réformes ins­pirées par le FMI dont la hausse des prix du carburant. Mais le parlement n’a pas débattu les nouvelles déci­sions économiques.

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