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Khan restera à jamais dans les mémoires

Soheir Fahmi, Lundi, 01 août 2016

Mohamad Khan vient de nous quit­ter à l’âge de 74 ans, laissant derrière lui des admirateurs en désarroi et 24 films qui comptent parmi les plus beaux du cinéma égyptien. Hommage

Khan restera à jamais dans les mémoires

« Je suis un gosse de 74 ans », disait le réalisateur Mohamad Khan, peu de temps avant sa mort avec ce sourire qui éclairait tout son visage. Jovial par nature, Khan essayait de jouir de la vie et de la compagnie des gens, mais surtout du cinéma, cette passion qui ne l’a jamais quitté. Avec Daoud Abdel-Sayed, il est l’un des seuls de cette génération des années 1980 à avoir essayé de bâtir un cinéma nouveau et à continuer contre vents et marées. Le monde du cinéma ainsi que plu­sieurs autres domaines ont souffert d’une ouverture politique et écono­mique, sous Sadate, qui a ravagé les goûts et les modes de vie. Le cinéma était tombé très bas mais avec quelques personnalités de sa génération, comme le réalisateur Atef Al Tayeb, le scénariste Béchir Al-Dik, le réalisateur Khaïri Bichara, le photographe Saïd Chimi, le réalisateur Daoud Abdel-Sayed, ils ont formé un groupe qu’ils appe­laient « Les films de la camaraderie (Al-Sohba) ». Ils n’ont produit qu’un seul film de Khan, Al-Harrif, avec Adel Imam, dans l’un de ses plus beaux rôles.

Toutefois, cette génération a fait son chemin dans le cinéma égyptien en créant une nouvelle vague où le réalisme se mélange au politique, et surtout à une caméra et une manière de voir nouvelle. Sans crainte et avec beaucoup d’audace, Khan et ses amis ont filmé dans la rue, sans écarter la touche roman­tique, dont il est le maître. Ils ont sondé une réalité nouvelle qui avait chamboulé la vie égyptienne.

Khan restera à jamais dans les mémoires
Durant le tournage de son dernier film, Avant la cohue de l’été.

Ecrivant lui-même de nombreux scénarios qu’il co-écrivait parfois avec sa femme scénariste Wessam Soliman, il donne au sujet une sensibilité toute neuve, traitant des thèmes les plus variés. Bien que la touche Khan soit perceptible dans tous ses films, il change de monde et de sujets. S’il aime spécialement la ville et ses rouages, il n’a pas peur d’affronter des sites nouveaux comme Minya dans son chef-d’oeuvre Zawget Ragol Mohem (la femme d’un homme important), ou la Côte-Nord dans Qabl Zahmet Al-Seif (avant la cohue de l’été), son tout dernier film.

S’il sait, avec maîtrise, raconter le monde difficile du travail dans une usine avec Fatat Al-Masnaa (la fille de l’usine), il sait prendre l’air et regarder de près la bourgeoisie huppée dans Avant la cohue de l’été, changeant nettement de classe sociale.

Khan n’était pas un homme sur les exploits duquel on s’attarde. Il était connu pour ce mot célèbre que ce soit dans ses tournages ou dans ses pro­jets : « Next ! » (le suivant !). Il était avant sa mort en train de préparer son nouveau film Banate Rose (les filles de Rose) que le destin ne lui a pas donné l’occasion de réaliser.

Il s’en est allé, nous laissant dans la peine, mais laissant une panoplie de 24 films qui resteront parmi les trésors du cinéma égyptien. On pourrait citer quelques-uns, bien que tous nous pro­jettent dans des mondes de bonheur. Parmi ses films, on pourrait citer Banate West Al-Balad (les filles du centre-ville, 2005), Fi Chaqqet Masr Al-Guédida (dans l’ap­partement d’Héliopolis, 2007), Ayam Al-Sadate (les jours de Sadate) qui raconte la vie de l’an­cien président égyptien, Ahlam Hind wa Camélia (les rêves de Hind et Camélia, 1988), et tant d’autres oeuvres qui ont marqué le cinéma égyp­tien.

Khan restera à jamais dans les mémoires
Le groupe qui a fondé Les Films de la camaraderie (Al-Sohba).

D’ailleurs, Khan qui est né en Egypte d’un père pakistanais et d’une mère égyptienne, n’a obtenu la nationalité égyptienne qu’au-delà de l’âge de 70 ans par un décret présidentiel. Il en était très heureux, car bien qu’il soit resté de nombreuses années à Londres et au Liban, il s’est installé en Egypte où il est né dans un quar­tier populaire. Celui-ci lui a permis d’ailleurs de se confondre avec les gens simples, de les com­prendre et de savoir raconter leurs émois et leurs joies.

Mohamad Khan était un mordu du cinéma, il regardait déjà enfant, au cinéma de son quartier populaire, les films qu’on passait et écoutait la bande sonore depuis son balcon tout le long de la semaine. Parti à Londres pour devenir architecte, il abandonne ses études et s’inscrit à l’Institut du cinéma. Il ne cessera jamais de visionner des films avec une préférence pour Antonioni. Sans oublier ses lectures permanentes dans le domaine du cinéma.

Khan nous a quittés sans préavis, laissant ses fans et ses amis dans le désarroi. Mais il reste le souvenir de ce grand coeur au beau sourire et une panoplie de films qui vont enrichir le patrimoine du cinéma égyptien et international.

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