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Yémen : Retour à la case départ

Maha Salem avec agences, Lundi, 01 août 2016

Une nouvelle et ultime proposition de règlement onusienne a été acceptée par le pouvoir yéménite mais rejetée par les Houthis, qui ont annoncé, avec leurs alliés, la création d'un Conseil supérieur pour gouverner le Yémen.

Yémen : Retour à la case départ
Manifestations anti Houthis à Sanaa (Photo:AP)

Sous forte pression de la communauté internationale, le gouvernement yéménite a annoncé dimanche dernier qu’il acceptait un projet d’accord de paix proposé par l’Onu. Mais, une fois déclaré, ce projet a été rejeté par les rebelles. C’est dire que ce plan, présenté comme une ultime chance pour trouver une solution au conflit yéménite, est mort-né. D’ailleurs, lancées en avril dernier à Koweït, les discussions de paix n’ont enregistré aucun progrès. L’accord du gouvernement à ce plan est intervenu après une réunion à Riyad présidée par le président yéménite Abd-Rabbo Mansour Hadi, exilé en Arabie saoudite, mais considéré comme l’auto­rité légitime par la communauté internationale. Et, ignorant la position des rebelles, le gouver­nement a posé plusieurs conditions : il exige que les rebelles et leurs alliés — les forces loyales à l’ex-président Ali Abdallah Saleh — signent d’ici le 7 août l’accord de paix, qu’ils se retirent dans un délai 45 jours des zones occupées depuis 2014, dont la capi­tale Sanaa, qu’ils restituent les armes lourdes à l’armée, lèvent le siège des villes et libèrent les détenus.

Autant de revendications qui ne seront pas respectées par les Houthis. « Ce plan onusien répète les mêmes articles de la résolution onu­sienne 2 216 et il ne répond qu’aux revendica­tions du gouvernement en négligeant les demandes des rebelles. Or, l’intégration des Houthis à la vie politique et sociale est la seule voie qui garantisse l’arrêt des combats », explique Dr Moatez Salama, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire. « La commu­nauté internationale et le gouvernement yémé­nite doivent comprendre que les Houthis ne vont pas céder et accepter le plan onusien sans qu’il leur soit accordé un certain nombre de privilèges et d’avantages comme, par exemple, un partage du pouvoir et des richesses. D’autant plus que les Houthis dominent une grande partie du territoire. Ils ne vont céder leurs victoires militaires qu’en contrepartie de gains politiques ».

Le rejet de la proposition onusienne par les Houthis était donc prévu. « Ce qui a été pré­senté par l’envoyé (de l’Onu) n’était autre que des idées pour une solution au volet sécuri­taire, sujet à débat comme d’autres proposi­tions », a souligné un communiqué de la délé­gation des rebelles diffusé par leur agence de presse. Pour eux, tout accord de paix doit pré­voir un président consensuel et un gouverne­ment d’union nationale avant toute entente sur des arrangements militaires et de sécurité.

Initiative unilatérale
De plus, le plan proposé est intervenu après que les rebelles chiites et leurs alliés ont formé jeudi un Conseil supérieur pour gouverner le Yémen. Dans un communiqué publié par une agence de presse rebelle, les rebelles et le parti du Congrès Populaire Général (CPG) de l’ex-président Ali Abdallah Saleh ont annoncé être tombés d’accord pour former un Conseil poli­tique supérieur composé de dix membres. « L’objectif est de rassembler les efforts en vue de faire face à l’agression menée par l’Arabie saoudite et ses alliés. Le rôle du conseil sera de gérer les affaires publiques au niveau politique, militaire, économique, administratif, social et en matière de sécurité », précise le communiqué. Poussé en 2012 au départ après une révolte populaire, M. Saleh a réuni le bureau politique de son parti pour contester une fois pour toutes la légitimité de M. Hadi. « L’accord stratégique (avec les Houthis) pour un Conseil supérieur est intervenu pour combler le vide politique avec la fin de la légitimité de Hadi et sa fuite du pays. Ce conseil va gouverner en tant qu’instance prési­dentielle conformément aux lois en vigueur », selon le communiqué. Une initiative dénoncée par le pouvoir yéménite et la communauté inter­nationale. Le médiateur de l’Onu, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, a estimé que « cette mesure contrevient à l’engagement des rebelles dans le processus de paix et représente une grave viola­tion de la résolution 2 216 du Conseil de sécu­rité de l’Onu pour la paix au Yémen ».

En première réaction, le ministre des Affaires étrangères, Abdel-Malak Al-Makhlafi, a aussi condamné cette mesure. « Les rebelles ont manqué une occasion de faire la paix. Ils ont tenu à faire échouer les négociations. Nous appelons la communauté internationale à condamner ce nouveau coup (d’Etat) contre la légitimité de la Constitution et tenons l’al­liance Houthis/Saleh pour responsable de l’échec des pourparlers », a affirmé le ministre. Mais ce conseil n’est pas la première tentative du genre lancée par les Houthis. En février 2015, les rebelles avaient créé une Haute Commission révolutionnaire pour gérer le pays après avoir annoncé la dissolution du gouver­nement et du parlement. Des initiatives sans lendemain, mais qui prouvent que la démarche onusienne actuelle est loin d’apporter une véri­table solution concrètement applicable.

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