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Soudan du Sud : L'enlisement

Sabah Sabet avec agences, Jeudi, 28 juillet 2016

Le bras de fer entre Salva Kiir et Riek Machar a repris de plus belle et la situation reste explosive au Soudan du Sud, où l'UA et l'Onu restent impuissantes.

Soudan du Sud : L
La dernière confrontation entre Salva Kiir et Riek Machar a fait au moins 300 morts. (Photo : AP)

« Nous voudrions profiter de cette opportunité pour affirmer que Riek Machar Teny Dhurgon, le premier vice-président de la République, reste le président et le commandant en chef du SPLM/A (IO) ». C’est ce qu’a indiqué l’ex-rébellion pro-Machar dans un communiqué publié vendredi. Ce renouvellement de confiance est venu pour répondre à la tentative du président Salva Kiir de trouver un nouvel interlocuteur. Il cherche à remplacer M. Machar par Taban Deng Gai, ministre des Mines, issu du SPLM/A (opposition) dans le gouvernement d’union nationale. Un pas qui risque de placer le pays dans une nouvelle série de violence. « Toute tentative ou conspiration pour changer la configuration de notre équipe dirigeante est complètement rejetée et porterait un coup dévastateur à l’accord de paix d’août 2015 et au gouvernement d’union nationale », a dénoncé l’ex-rébellion qui soupçonne que le président Kiir et son entourage sont « frénétiquement occupés à essayer d’imposer Taban Deng Gai en remplacement » de Riek Machar, ceci pour entretenir la division en son sein. « Le SPLM/A (IO) appelle le président Kiir et le général Paul Malong (le chef d’état-major de l’armée, ndlr) à cesser immédiatement leurs efforts militaires pour traquer Riek Machar, dans l’espoir vain d’installer Taban Deng Gai comme premier vice-président », a repris l’ex-rébellion.

Taban Deng Gai, qui a été le principal négociateur des ex-rebelles pour l’accord de paix, a donné du crédit à ces accusations en estimant récemment que l’ex-rébellion ne se résumait pas à la seule personne de Riek Machar. Ancien puissant commandant rebelle lors de la lutte d’indépendance contre Khartoum et ex-gouverneur de l’Etat pétrolier d’Unité (nord), Taban Deng Gai s’est aussi aligné sur le refus du président Kiir d’accepter un renfort des Casques bleus dans le pays. Cette position est en contradiction avec celle de l’ex-rébellion. Celle-ci a précisé dans le même communiqué soutenir le « renforcement du mandat » de la Mission des Nations-Unies au Soudan du Sud, et surtout la création d’une force régionale d’intervention avalisée par l’Union africaine mi-juillet lors de son sommet à Kigali. « L’importance de l’intervention d’une tierce partie ne peut être suffisamment soulignée. Parce que le Soudan du Sud n’a pas de force armée nationale, pas d’agence de sécurité nationale. Les armées existantes sont toutes partisanes et à caractère ethnique », a ajouté l’ex-rébellion.

Quel mandat pour la Minuss ?

Ce qui a également envenimé la situation c’est que l’ultimatum lancé par le président Kiir à Riek Machar pour que ce dernier rentre à Juba a expiré samedi dernier sans que Machar obtempère, bien que Kiir ait menacé de « lui faire la guerre s’il se refuse à rentrer faire la paix ». Craignant pour sa vie, Machar a fui Juba après les combats meurtriers (au moins 300 morts) qui ont opposé du 8 au 11 juillet ses troupes à celles de M. Kiir, et n’est plus apparu en public depuis. Sa disparition pose une question : Est-il en train de se réarmer avec l’appui d’un pays voisin, comme le Soudan, celui qu’on accuse de le soutenir en secret ? Mais rien de tout cela n’est pour l’heure prouvé.

Certaines sources ont affirmé que Machar pourrait regagner la capitale si une force de protection régionale, mandatée par l’Union africaine, mais placée sous un mandat renouvelé et durci des Nations-Unies, se déployait à Juba et pouvait garantir sa sécurité. Or, on est encore loin de cette éventualité. Non que les troupes de la région fassent défaut. Au contraire, et c’est exemplaire, plusieurs pays sont prêts à faire vite, très vite, pour mettre plusieurs bataillons à disposition. C’est le cas de l’Ethiopie, de l’Ouganda, du Kenya et, peut-être, du Rwanda. Ceci en plus de leurs hommes déjà présents dans la MINUSS, la Mission des Nations-Unies au Soudan du Sud. Le cadre de cette intervention a été validé par l’Union africaine, mardi 19 juillet, lors de son sommet à Kigali. Il reste au Conseil de sécurité de l’Onu à opérer les modifications du mandat de la Minuss pour en fixer de nouvelles règles, plus adaptées à la violence de la situation. Cette force renouvelée devrait assurer la protection de certains points de la capitale, à commencer par l’aéroport, et celle de personnalités politiques, ce qui ne concerne pas seulement Riek Machar. Car, aujourd’hui encore, certains responsables de l’opposition sont à l’abri dans les camps de l’Onu dont ils ne peuvent sortir, de peur d’être arrêtés ou tués. Tout ceci, néanmoins, se heurte à un obstacle : le refus catégorique de Salva Kiir, dont les hommes contrôlent Juba, et de ses proches de laisser se déployer au Soudan du Sud « un seul soldat en plus », ceci étant considéré comme une insulte à la « souveraineté » du pays qui risque, pourtant, d’imploser.

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