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Mounir Zahran : L’Onu continuera d’être paralysée tant que prévaudra le droit de veto des 5 permanents

Nourane Chérif, Jeudi, 28 juillet 2016

Mounir Zahran, Ancien ambassadeur d’Egypte auprès des Nations-Unies, estime que le nouveau processus de sélection du secrétaire général de l’Onu est un pas vers plus de transparence au sein de l’organisation, même si la réforme se fait attendre.

Mounir Zahran
Mounir Zahran

Al-Ahram Hebdo : Le fait que les cinq membres permanents du Conseil de sécurité disposent du dernier mot dans le choix du secrétaire général ne représente-t-il pas un handicap pour la démocratisation des Nations-Unies ?

Mounir Zahran : L’article 97 de la Charte des Nations-Unies stipule que « le secrétaire géné­ral est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité ». En réalité, la sélection du secrétaire général se dis­tingue par le droit qu’ont les membres perma­nents du Conseil de sécurité d’opposer leur veto à la nomination de tout candidat. Mais à présent, et ayant la volonté de réformer ce déséquilibre, une petite révolution est en train de s’opérer dans le mode de recrutement du secrétaire général. Cette fois, chacun des candidats a le droit de se présenter devant l’Assemblée générale comme étape antérieure à l’examen de l’affaire par le Conseil de sécurité et répondre pendant quelques heures aux questions des délégués sur la façon dont il entend piloter l’Onu. Je pense que ces auditions représentent un progrès et un pas vers plus de transparence dans le choix du secrétaire général.

Cette évolution s’est faite grâce à un rapport intitulé « Sélection et conditions d’emploi des chefs de secrétariat au sein des organismes des Nations-Unies » que j’avais présenté en 2009, alors que j’occupais le poste d’inspecteur et président du corps commun d’inspection du système des Nations-Unies. Ma première recom­mandation était la nécessité d’organiser des auditions ou des réunions avec les candidats afin de conférer plus de transparence et de crédibilité au processus de sélection et de faire en sorte qu’il implique tous les Etats membres.

— Quel bilan faites-vous des deux mandats du secrétaire général sortant Ban Ki-moon ?

— Le secrétaire général est au service des organes de l’Onu. Généralement, il reflète la volonté des Etats membres, et par conséquent, il ne peut pas agir indépendamment de leur volon­té. Ce qui fait que les succès et les échecs de l’Onu sont attribués aux Etats membres et non pas à la personne du secrétaire général. Cela ne nie pas le poids du rôle joué par le secrétaire général, par exemple : la Charte des Nations-Unies en son article 99 autorise le secrétaire général à attirer l’attention du Conseil de sécu­rité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Ainsi on peut constater par exemple la passivité de l’ex-secrétaire géné­ral, Kofi Annan, vis-à-vis de l’invasion de l’Iraq en 2003, lorsqu’il a utilisé ce droit attribué par l’article 99 trop tard, soit 10 jours après le début de l’invasion.

— Quels défis attendent le prochain secré­taire général ?

— Il y a une nécessité d’atteindre un certain degré de solidarité entre les Etats membres, de façon à ce qu’en cas de blocage au Conseil de sécurité par un veto, l’Assemblée générale puisse se substituer au Conseil et recourir à la résolution « Union pour le maintien de la paix » par un vote affirmatif de deux tiers de ses membres. Et par la suite, l’Assemblée pourra examiner immédiatement la question et proposer aux membres les recommandations sur les mesures collectives à prendre.

— Qu’en est-il du bilan de l’Onu en général et pourquoi la réforme se fait-elle attendre ?

— Le bilan de l’Organisation des Nations-Unies est mitigé. Il y a eu de grandes avancées mais également des retours en arrière. Lorsqu’on parle de la réforme de l’Onu, je crois que l’un des projets importants est la révision de la com­position du Conseil de sécurité. L’organe le plus puissant des Nations-Unies compte toujours 15 membres, dont 5 grands permanents, dotés d’un droit de veto. Une telle composition contredit le deuxième article de la Charte des Nations-Unies qui comporte une obligation que l’organisation soit basée sur le principe de l’égalité souveraine de tous ses membres. Ainsi il faut un amende­ment de la Charte de manière à garantir l’appli­cation de ce principe d’égalité. Les amende­ments pourront entrer en vigueur s’ils sont adoptés et ratifiés à la majorité des deux tiers des membres de l’Assemblée générale. C’est pour­quoi je pense qu’il est peu probable qu’on par­vienne à une réforme de l’Onu. Trop d’intérêts sont en jeu, et il n’y a pas de volonté politique assez forte de la part de certains Etats membres. L’Onu continuera d’être paralysée tant que les décisions du Conseil de sécurité sur toutes les questions sont prises par un vote affirmatif de 9 de ses membres avec la menace permanente du droit de veto des 5 permanents.

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