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Crise politique : L'Egypte dans un cercle vicieux

May Al-Maghrabi, Mardi, 19 février 2013

Les efforts s’intensifient pour trouver un dénouement à la crise politique entre les islamistes au pouvoir et l'opposition. Pourtant, les manifestations et la violence se poursuivent. Etat des lieux.

un cercle
Le Front national du salut ne refuse pas de se rallier à un dialogue sérieux.

60 détenus et des dizaines de blessés. C’est le bilan des accrochages qui ont lieu vendredi 15 février entre la police et les manifestants hostiles au régime du président Mohamad Morsi. Depuis des semaines, les manifestations anti-Morsi entraînent régulièrement des affrontements violents avec les forces de l’ordre qui ont recours à des tirs de chevrotine et à des gaz lacrymogènes en réponse aux cocktails Molotov lancés par les manifestants. Mais ce qui a caractérisé ce vendredi 15 février, c’est le retour sur scène des manifestants pro-régime. A l’appel de la Gamaa islamiya, des milliers d’islamistes ont manifesté devant l’Université du Caire sous le slogan « Tous ensemble contre la violence ». La violence étant considérée comme l’oeuvre des opposants. Les Frères musulmans, eux, ont annoncé leur participation symbolique à cette manifestation.

« Frappe d’une main de fer », scandaient les islamistes qui appellent le président à plus de fermeté à l’égard de ses opposants. Ces derniers se sont rassemblés à leur tour par centaines devant le palais présidentiel d’Al-Qobba, pour une manifestation baptisée « Echec et mat !». Ils veulent simplement la chute du président. D’abord pacifique, cette deuxième manifestation a vite donné lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre. Aux jets de pierres, lancées par des jeunes, la police a riposté avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes.

La violence se poursuit donc à un moment où le dialogue politique entre les islamistes au pouvoir et l’opposition reste bloqué malgré les efforts pour désamorcer la crise. Le dialogue national parrainé par la présidence de la République et qui devait se tenir cette semaine a été reporté sine die. C’est d’ailleurs dans ce contexte que le président Morsi s’est entretenu avec l’opposant Ayman Nour sur les moyens d’apaiser la tension. Dans des déclarations aux médias, Nour a dit que le président avait renouvelé son appel aux forces de l’opposition en vue de reprendre le dialogue national tout en s’engageant à répondre à leurs revendications sur les amendements constitutionnels et les garanties nécessaires à la transparence des prochaines élections législatives. Parallèlement, Saad Al-Katatni, président du Parti Liberté et justice, bras politique de la confrérie des Frères musulmans, a rencontré, samedi à huis clos, Mohamed ElBaradei, coordinateur du Front National du Salut (FNS, ombrelle de partis de l’opposition laïque). Les deux hommes ont évoqué les conditions du FNS pour reprendre le dialogue national. De même, des dirigeants du parti salafiste Al-Nour se sont réunis avec des dirigeants du FNS pour mettre au point l’initiative d’arrêt de la violence, lancée par Al-Nour la semaine dernière. Amr Moussa, Al-Sayed Al-Badawi et Amr Hamzawi, présidents respectifs des partis du Congrès, d’Al-Wafd et de l’Egypte la liberté, ont pris part à la réunion, ainsi qu’Achraf Sabet, président adjoint du parti Al-Nour.

Le FNS s’est dit prêt à participer au dialogue national si la présidence accepte de soumettre à un vote les décisions prises lors de ces réunions, de désigner les personnalités qui vont gérer le dialogue et de signer à l’issue de chaque séance de dialogue un procès-verbal récapitulant les décisions prises. Les gestes de rapprochement continuent donc mais le manque de confiance sévit d’un côté comme de l’autre. Plusieurs facteurs ont contribué à cet état de blocage, dont le refus de Morsi d’assouplir sa position face aux conditions de l’opposition pour reprendre le dialogue. Ces conditions, reprises dans l’initiative du parti Al-Nour, comprennent la destitution du gouvernement de Hicham Qandil et le limogeage du procureur général. L’insistance du FNS sur le fait d’imposer ses conditions préalables avant de s’engager dans le dialogue n’a pas facilité les choses. Younès Makhyoune, président du parti Al-Nour, trouve que toutes les parties doivent faire des concessions si elles veulent que l’Egypte traverse cette phase critique. « Nous avons remarqué une certaine ouverture dans l’attitude du président Morsi. Il n’a pas exclu la possibilité d’un remaniement ministériel, mais il ne veut pas que l’opposition conclue d’avance les résultats d’un dialogue qui pourrait déboucher sur d’autres issues », indique Makhyoune.

Mais si le FNS impose ses conditions ce n’est pas par pure intransigeance. Les précédents dialogues avec les islamistes au pouvoir n’ont débouché sur rien de concret. C’est ce que souligne Khaled Daoud, porte-parole du FNS. Il estime « inadmissible » de s’engager une fois de plus dans un dialogue sans ordre du jour, sans date butoir fixée et sans garanties quant à la mise en oeuvre des décisions prises. « Les Frères musulmans n’ont jamais respecté les décisions prises lors des précédents dialogues. Et voilà le résultat : une Constitution liberticide, un gouvernement incapable de relever les défis auxquels le pays est confronté et un échec politique et économique total », dénonce Daoud. Selon lui, tout doit commencer par un retour au principe du partenariat et au partage du pouvoir qu’il implique. Position partagée par Karima Al-Héfnaoui, secrétaire générale du Parti socialiste égyptien, qui se montre pessimiste vis-à-vis d’une reprise imminente du dialogue national. « La présidence et les Frères musulmans valorisent leurs intérêts étroits au détriment de ceux du pays. Ils refusent de limoger le gouvernement malgré son échec retentissant simplement parce que c’est un gouvernement islamiste qui leur assurera une réussite facile aux élections législatives. Ledit dialogue n’est donc pour eux qu’une vitrine à l’intention de l’opinion publique et de l’Occident », accuse-t-elle.

Des accusations que rejette catégoriquement Mourad Ali, porte-parole du Parti Liberté et justice. Il juge injustifiables les demandes de limoger le gouvernement de Hicham Qandil alors que de toute manière un nouveau cabinet sera formé après les législatives. « Le concept du dialogue, c’est d’échanger et de rapprocher les points de vue et d’évaluer les solutions adéquates aux problèmes sans essayer de confisquer l’avis d’autrui. Mais à quoi servirait un dialogue dont l’issue est décidée d’avance ?», s’interroge Ali .

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