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L’Otan reporte son retrait d’Afghanistan

Maha Al-Cherbini, Mardi, 12 juillet 2016

Face au défi terroriste, l'Otan a décidé d'accroître son aide financière à l'Afghanistan et de prolonger sa mission dans ce pays.

L’otan ne va pas laisser l’Afghanistan seul face aux Talibans. Tel est le message délivré par les 28 membres de l’Otan lors du sommet de Varsovie qui s’est déroulé les 8 et 9 juillet. A l’issue du sommet, il a été décidé que l’Otan prolonge jusqu’en 2017 sa mission « Soutien Résolu » en Afghanistan et jusqu’en 2020 son aide financière aux forces armées afghanes. « L’Afghanistan n’est pas seul. La situation dans ce pays est difficile et va continuer à l’être », a reconnu le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, se refusant à « spéculer » sur l’échéance finale de sa mission. Sur place, les Afghans peinent à contenir la menace talibane et subissent chaque jour de lourdes pertes : plus de 5 000 militaires afghans ont été tués en 2015 et le bilan s’annonce plus lourd cette année, surtout après l’apparition de Daech dans l’est du pays et ses tentatives de recrutement de Talibans. « Un échec en Afghanistan ferait de ce pays un sanctuaire pour des groupes comme Al-Qaëda et Daech », a affirmé à Varsovie le commandant des forces alliées en Europe, le général Curtis Scaparrotti.

Dans une tentative de trouver une solution politique à la crise, l’Otan a insisté sur la nécessité de poursuivre les négociations entre Kaboul et les Talibans. Les premières discussions entre Kaboul et les rebelles avaient eu lieu en juillet 2015, mais la deuxième session a été reportée sine die après l’annonce de la mort du fondateur du mouvement taliban, le mollah Omar. Les insurgés font du retrait des 12 000 militaires étrangers déployés en Afghanistan une condition préalable à la reprise de ces négociations.

Engagement américain

Reconnaissant la gravité de la situation du « bourbier afghan », le président américain Barack Obama avait déjà décidé, à la veille du sommet, de ralentir le rythme de retrait des troupes américaines d’Afghanistan, annonçant le maintien de 8 400 soldats jusqu’à 2017 au lieu des 5 500 prévus. Si la vaste intervention militaire déclenchée après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis s’est officiellement achevée fin 2014, l’Otan et surtout les Etats-Unis — qui forment l’essentiel des troupes de l’Alliance — ont été contraints d’ajuster à plusieurs reprises leur calendrier de retrait face à des Talibans infatigables. « On ne laissera jamais l’Afghanistan être utilisé comme un repaire pour les terroristes. Les Talibans restent une menace. Les forces de sécurité afghanes ne sont pas encore aussi fortes qu’elles devraient l’être », a souligné M. Obama qui va quitter la Maison Blanche début 2017. « Cette décision permettra à mon successeur de continuer à enregistrer des progrès en Afghanistan », a poursuivi le président américain. Malgré les milliards de dollars dépensés par l’Administration américaine, l’armée afghane présente encore de nombreuses faiblesses, notamment en matière d’organisation et de coordination. Reconnaissant ces faiblesses, l’Administration Obama s’est résolue, début juin, à donner un coup de main militaire au gouvernement afghan en intervenant davantage dans les combats contre les insurgés, alors que les forces américaines s’étaient jusque-là contentées d’un rôle d’assistance et de formation des troupes afghanes.

Conforté par ce soutien américain, le président afghan, Ashraf Ghani, a salué les décisions américaines, jugeant qu’elles témoignaient de la force du partenariat entre les deux pays pour vaincre un « ennemi commun ». En revanche, les Talibans ont raillé la décision américaine, remarquant que le président Obama, qui n’a rien pu faire avec 100 000 hommes, sera incapable de faire quoi que ce soit avec 8 400. « Plus les Américains seront nombreux en Afghanistan, plus ils auront de victimes », a défié le porte-parole des insurgés, Zabihullah Mujahd. Un bras de fer qui n’augure rien de bon pour ce « cimetière afghan » qui s’enlise de plus en plus dans l’abîme des guerres sans fin.

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