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Taba en détresse

Dalia Farouq, Lundi, 20 juin 2016

La fermeture d'une trentaine d'hôtels ces cinq dernières années dans les stations balnéaires de Taba et de Noweibaa souligne l'ampleur de la crise dans ces régions qui, avant 2011, représentaient le quart du tourisme en Egypte.

Taba en détresse
Les pertes du tourisme à Taba se chiffrent à 500 millions de L.E.

Les professionnels du tourisme qui travaillent dans la station balnéaire de Taba dans le gouvernorat du Sud- Sinaï tirent la sonnette d’alarme. Ils demandent au président Abdel-Fattah Al-Sissi d’intervenir d’urgence pour sauver le tourisme dans cette région aussi belle que stratégique. « 19 hôtels viennent de fermer leurs portes au cours des quelques derniers mois. Il y a donc un total de 30 hôtels mis hors service à Taba depuis la révolution du 25 janvier 2011. Il n’ y a plus que 7 hôtels qui sont encore opérationnels à Taba », déplore Sami Soliman, président de l’Association des investisseurs du tourisme à Taba et à Noweibaa. Selon lui, la raison principale de la clôture de ce grand nombre d’hôtels n’est pas seulement les pertes financières qui ont atteint 500 millions de L.E. dues à la crise désastreuse du tourisme en Egypte. Il y a aussi la négligence du gouvernement. Ces stations sont non seulement dotées d’une beauté exceptionnelle, mais sont d’une importance stratégique majeure du fait qu’elles sont situées à la frontière. « C’est en plus une région pour laquelle on s’est beaucoup battu afin de la libérer », ajoute Soliman, faisant allusion au fait que l’Egypte a dû recourir à la Cour internationale de justice pour la libérer de l’occupation israélienne en 1989. « Malgré tous les problèmes dont souffre le secteur du tourisme à Taba, aucun responsable du gouvernement n’a visité cette région depuis l’inauguration qui a suivi la rénovation du port de Taba Heights en 2013 », se lamente Soliman.

Cette négligence n’a pas affecté seulement les établissements touristiques de la ville, mais aussi ses infrastructures. « Le réseau routier reliant Taba aux différents sites touristiques comme Dahab, Nakhl ou Sainte Catherine est dans un état déplorable. A titre d’exemple, la route internationale de Taba, qui donne sur le port routier, utilisée par les touristes pour relier cette ville aux autres sites touristiques de la région, n’a pas été entretenue depuis plus de cinq ans », reprend-il. Il explique que les torrents provoquent d’énormes dégâts et endommagent les routes de la région. « Ce sont ces torrents qui ont totalement barré l'une des routes principales de Taba, celle de la vallée de Watir il y a plus de trois ans et qui reste fermée jusqu’à présent. Même les réseaux qui sont censés drainer les eaux pluviales sont mal faits. A chaque fois qu’il y a des torrents, des routes se ferment et des bâtiments sont démolis », déplore Soliman. Par ailleurs, Nadia Choukri, propriétaire d’un hôtel à Taba, assure : « L’absence de promotion touristique dans cette région, les mesures de sécurité en Egypte, le refus des banques, même nationales, d’accorder des facilités aux investisseurs pour maintenir leurs hôtels ou pour continuer les projets touristiques qu’ils ont déjà commencés, sont les principaux problèmes qui menacent le tourisme à Taba et empêchent sa relance ». Elle ajoute que les autorités en Egypte n’ont pas subventionné financièrement le secteur du tourisme à Taba, alors que la crise perdure depuis des années. « Ni le ministère des Finances ni celui du Tourisme n’ont accordé de subventions pour maintenir les investissements touristiques à Taba évalués à plus de 15 milliards L.E. », estime Choukri. « De plus, les banques nationales se sont retirées de tout financement de projets touristiques. Les investisseurs, qui ont déjà dépensé des sommes énormes pour la construction des hôtels, ne s’attendaient pas à un tel silence de la part du gouvernement, en particulier en temps de crise », regrette-t-elle. Un avis partagé par Atef Abdel-Hamid, membre de l’Association des investisseurs de Taba et de Noweibaa, qui estime que l’Etat devrait subventionner les investisseurs du tourisme dans la région de Taba, soit en les exemptant de certains frais ou à travers la remise des dettes. Et ce, pour qu’ils puissent continuer à travailler et pouvoir maintenir leur main-d’oeuvre.

Selon lui, l’association a présenté au premier ministre une étude qui permettrait de faire de cette région un nouveau Charm Al-Cheikh d’ici 5 ans. Taba, après tout, a 60 km de plages splendides et un riche patrimoine historique. Cette étude propose la construction d’une zone de libre-échange à Taba, à l’instar de Aqaba et d’Eilat, et la réouverture de la route Taba- Aqaba qui assurerait le transport de plus d’un million de touristes chaque année.

Elle propose aussi la relance des safaris qui sont interdits à Taba pour des raisons de sécurité, depuis les attentats de 2005. L’association propose également que les touristes qui se rendent directement à Taba soient exemptés de visas et de frais d’entrée en Egypte. « Il faudrait également demander au ministère égyptien des Affaires étrangères d’intervenir auprès d’Israël pour qu’il mette fin à ses avertissements contre les séjours à Taba, et qui n’ont pas lieu d’être, vu que la situation sécuritaire est stable. Ceux-ci ont un impact négatif sur le tourisme à Taba et influencent les touristes de différentes nationalités », explique Abdel-Hamid.

L’association trouve aussi qu’il y a un manque de divertissement. « On doit créer des zones de divertissement, un site Disney Land ou encore un village pour l’artisanat bédouin. Un tel village non seulement attirerait les touristes, mais aussi contribuerait à l’intégration des bédouins au secteur du tourisme à Taba. Ceux-ci doivent sentir que le tourisme est leur gagne-pain afin qu’ils veillent à le protéger, voire à le développer », reprend Abdel-Hamid. Des propositions qui pourraient bien relancer le tourisme dans ces régions, à condition bien sûr qu’elles ne restent pas lettre morte et que les responsables ne fassent pas la sourde oreille et tentent de sauver cette destination touristique qui fournissait dans le temps environ 25 % des touristes en Egypte.

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