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Le syndicat attend une issue

Ola Hamdi, Mercredi, 15 juin 2016

Un mois et demi après le début du bras de fer entre le syndicat des Journalistes et le ministère de l'Intérieur, des médiations sont menées en vue de trouver issue à la crise, sans résultat pour le moment.

Le syndicat attend une issue

La crise entre le syndicat des Journalistes et le ministère de l’Intérieur n’a toujours pas trouvé de solution. Le président du syndicat, Yéhia Qallache, et deux membres de son conseil d’administration doivent comparaître le 18 juin devant le tribunal correctionnel du Caire, accusés d’avoir « publié de fausses informations » et d’avoir « abrité des journalistes recherchés par la police ». Ils risquent jusqu’à deux ans de prison et une forte amende. La crise remonte au 1er mai dernier, lorsque la police avait investi le siège du syndicat pour arrêter deux journalistes recherchés par la justice, Amr Badr et Mahmoud Al-Saqqa. Les deux hommes étaient accusés « d’incitation à la violence » lors des manifestations contre la rétrocession des îles de Tiran et Sanafir le 25 avril dernier. Le syndicat des Journalistes proteste et affirme que les forces de l’ordre sont entrés par effraction au sein du syndicat, un acte « sans précédent », selon l’établissement. Le syndicat engage une plainte devant le procureur général réclamant la destitution du ministre de l’Intérieur. Mais le ministère de l’Intérieur dément et affirme avoir agi sur ordre du Parquet. C’est le début de la crise. Le 4 mai, une réunion d’urgence se tient au syndicat pour examiner la crise. Le syndicat présente alors une série de réclamations, dont le limogeage du ministre de l’Intérieur et des excuses de la présidence. Ces revendications ne font pourtant pas l’unanimité des journalistes. Et certains d’entre eux considèrent qu’elles sont exagérées. La même semaine, une réunion se tient à la fondation Al-Ahram, réclamant la démission du président du syndicat et de son conseil.

Le 29 mai, le président et les deux membres du conseil du syndicat sont convoqués par le Parquet général. Après 13 heures d’interrogatoire, les trois hommes sont inculpés et placés en garde à vue pendant 24 heures, avant d’être libérés sous caution. Les trois hommes ont refusé de payer la caution d’un montant de 10 000 L.E., affirmant que les accusations portées contre eux ne sont pas fondées. Tareq Négueda, cadre du Courant populaire, a finalement payé cette caution sur initiative personnelle, sans l’accord du syndicat, ni de son parti.

A la recherche d’une solution

Alors que le président du syndicat et ses deux collaborateurs comparaissent le 18 juin devant le tribunal, des médiations ont commencé pour trouver une issue à la crise. Le Conseil suprême de la presse multiplie les initiatives pour trouver un compromis entre le syndicat et le ministère de l’Intérieur. « Des contacts ont déjà eu lieu entre le président du conseil, Galal Aref, et son secrétaire général, Salah Eissa, avec les autorités, afin de négocier un compromis », affirme un membre du conseil sous couvert d’anonymat. Mais pour le moment, ces initiatives n’ont mené à rien. « Il est temps d’agir avec lucidité afin d’éviter une dégradation de cette crise qui ne profitera à aucune des parties », déclare Makram Mohamad Ahmad, ancien président du syndicat. L’issue réside, selon lui, dans la tenue d’élections anticipées au sein du syndicat des Journalistes. « L’actuel conseil a commis des erreurs dans la gestion de cette crise. Il est lamentable de devoir en arriver là. Mais la meilleure solution serait que les membres du conseil du syndicat actuel élisent un nouveau président. Cela permettrait d’alléger le conflit interne entre journalistes et de sauver la face », estime Makram. Une solution qui ne résoudrait pas le bras de fer actuel avec le gouvernement, selon Hussein Abdel-Razeq, cadre du parti du Rassemblement et membre du syndicat. « Pour qu’un conflit soit réglé, il faut que les deux parties veuillent trouver un compromis. Ce qui n’est pas le cas ici », ajoute Abdel-Razeq. Le gouvernement campe sur sa position et le syndicat lui tourne le dos. « Depuis le début de la crise, le syndicat n’a reçu aucune proposition visant à régler la crise de la part de l’Etat », déplore Abdel-Razeq. Le politologue Moustapha Kamel Al-Sayed pense que le scénario d’élections anticipées n’est pas réaliste. « Il ne reste de toute façon que quelques mois avant que le mandat de l’actuel conseil n’arrive à terme », affirme Al-Sayed. Selon lui, la direction politique est convaincue que le syndicat a humilié le président en lui demandant de présenter des excuses. D’où le bras de fer actuel. Le scénario le plus probable, selon Al-Sayed, est le maintien du statu quo jusqu’à la fin du mandat de l’actuel conseil. « Entre-temps, les journalistes opposés à ce conseil intensifieront les pressions en vue d’élire un nouveau conseil plus proche de l’Etat », prévoit Al-Sayed. Le choix des journalistes lors des prochaines élections déterminera probablement l’issue de cette confrontation.

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