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Lutte de pouvoir en Libye

Maha Salem avec agences, Dimanche, 22 mai 2016

Après avoir gagné la cause des pays européens qui se sont engagés à soutenir les efforts de réarmement du gouvernement libyen d'union nationale, celui-ci fait désormais face à des difficultés pour contrer l'EI.

32 membres de forces gouvernementales sont morts dans un attentat perpétué vendredi dernier près de Syrte et revendiqué par l’Etat Islamique (EI). Un attentat qui intervient alors que l’EI tente d’asseoir sa présence en Libye, et que les autorités inten­sifient leur lutte contre le groupe. Une situa­tion qui a poussé le Gouvernement d’union libyen (GNA) à exhorter la communauté internationale à accélérer son réarmement. Selon un communiqué, le nouvel exécutif libyen installé à Tripoli depuis fin mars a appelé la communauté internationale à rem­plir ses engagements de soutenir les forces légitimes. Il fait ainsi référence à l’engage­ment pris lundi 16 mai à Vienne par plusieurs pays de soutenir un assouplissement de l’em­bargo de l’Onu sur les ventes d’armes, afin que les nouvelles autorités puissent faire face à la menace djihadiste. « Le soutien interna­tional est fondamental pour la mise sur pied d’une armée forte capable de lutter contre l’EI et les autres groupes extrémistes », dit le communiqué.

L’objectif du GNA est de se procurer les armes létales et le matériel nécessaires pour contrer les groupes classés terroristes par l’Onu et pour combattre Daech dans tout le pays. Le chef du GNA, Fayez Serraj, a pré­cisé devant la presse que son gouvernement fournirait aussi vite que possible une liste d’armes.

Cependant, outre la question de l’arme­ment, le gouvernement libyen fait face à un autre problème : ses forces et celles du gou­vernement rival basé dans l’est du pays et fidèles au général Khalifa Haftar sont enga­gées dans une course pour être les premières à lancer l’offensive visant à chasser l’EI de son fief de Syrte, situé à 400 km à l’est de Tripoli et contrôlé depuis juin 2015 par l’or­ganisation ultraradicale sunnite.

Considéré comme l’homme fort de l’Est libyen, le général Haftar pose le démantèle­ment des forces du gouvernement d’union nationale comme préalable à un éventuel rapprochement dans la lutte contre le groupe Etat islamique. « Une armée ne peut s’unir à des milices. Donc, ces milices doivent être démantelées. Il est impensable pour nous de travailler avec ces factions armées », a-t-il déclaré dans un entretien accordé à la chaîne française iTELE.

Le général Haftar et des milices venant de l’ouest du pays ont récemment envoyé des troupes distinctes en direction de Syrte, deve­nu le fief des djihadistes de l’EI en Libye, laissant présager un nouvel épisode de chaos. Aussi, Haftar refuse toujours la proposition du chef du gouvernement, Fayez Serraj, qui a appelé la semaine dernière les différentes forces en présence à faire cause commune contre l’EI au sein d’un commandement mili­taire unifié. « Nous n’avons pas pour le moment de liens avec M. Serraj. Le conseil présidentiel qu’il dirige n’est toujours pas reconnu », a déclaré le chef militaire Khalifa Haftar. En fait, bien que reconnu et soutenu par la communauté internationale, le gouver­nement de Sarraj manque de légitimité du fait que le parlement de Tobrouk refuse toujours de lui donner sa confiance. « Je voudrais souligner que M. Serraj s’appuie sur des milices. De notre côté, nous refusons ces milices. Ce refus est un principe appliqué dans tous les pays du monde », s’est justifié cet ancien allié de Muammar Kadhafi, avec lequel il s’est brouillé dans les années 1980.

En fait, au-delà de la lutte anti-EI, il y a, entre les deux camps rivaux qui sont à la tête de brigades armées, une lutte pour le pouvoir et pour le contrôle des installations pétrolières. Une lutte qui éloigne les espoirs de règlement en Libye. « Les possibilités de ce gouverne­ment restent limitées tant que les conflits internes, la concurrence entre deux pouvoirs rivaux ne sont pas surmontés. La Libye a besoin d’une réconciliation globale, une fusion entre les différents camps ainsi que des conces­sions et des compromis mutuels. Autrement, le chaos planera toujours sur la Libye et la crise actuelle restera sans issue », explique ainsi Dr Ayman Chabana, professeur à la faculté d’éco­nomie et de sciences politiques à l’Université du Caire .

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