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Tunise : L’échec du remaniement d’Ennahda

Sabah Sabet avec agences, Mardi, 05 février 2013

Faute d’un projet fédérateur, le parti au pouvoir islamiste Ennahda n’a toujours pas conclu son remaniement ministériel, prévu en juillet 2012.

Après de longues tractations, le remaniement du gouvernement tunisien, attendu depuis juillet 2012, est au point mort. Aucun des trois partis aux commandes du pays, à savoir Ennhada, le Congrès Pour la République (CPR) et Ettakatol, n’accepte de faire de concession. En réaction, les menaces de défection se font de plus en plus insistantes.

« Le CPR a décidé qu’il retirerait ses ministres du gouvernement si le parti Ennahda n’effectue pas, d’ici une semaine, des changements dans les ministères de la Justice et des Affaires étrangères », a affirmé, samedi 2 février, Ben Amor, un responsable du CPR. Ce parti, issu de centre-gauche, a exigé formellement « la mise à l’écart de tous les symboles de l’ancien régime, tombé en janvier 2011, concernant des postes de décision et des cabinets ministériels ». Il a aussi formulé le souhait d’instaurer des mécanismes officiels pour lutter contre la corruption. Si le parti se défend de mettre des bâtons dans le processus de remaniement, il met en garde : « En cas de retrait du gouvernement, le CPR cherchera de nouvelles alliances », a déclaré Mohamed Abbou, secrétaire général du CPR.

Le deuxième allié d’Ennahda, le parti Ettakatol de Mustapha Ben Jaafar, président de l’Assemblée nationale constituante, avance une autre raison de discorde. Il réclame le remplacement de l’actuel ministre de la Justice, Nourredine Bhiri, par un indépendant. A défaut de quoi, « Ettakatol quittera la coalition », a indiqué son porte-parole, Mohamed Bennour.

Ces déclarations, provenant des deux alliés d’Ennahda, témoignent des profondes angoisses qui plombent la coalition, et surtout de l’incapacité du gouvernement de Hamadi Jebali à fédérer d’autres partis autour d’un projet commun. Les partis vainqueurs de la révolution accusent aujourd’hui l’équipe gouvernementale d’avoir échoué dans la réalisation des objectifs de la révolution. Bilan, à l’instar de l’Egypte : le pays est confronté à d’importants conflits sociaux et à l’insécurité.

Eventualité rejetée

Ennahda semble se briser aussi de l’intérieur. En signe d’impatience, le premier ministre a interrompu sa participation à une réunion d’urgence de la Choura, instance consultative du parti, dans la nuit de vendredi à samedi, selon la Radio Mosaïque FM. Jebali aussi en est arrivé au boycott. Samedi, il a refusé de participer à une réunion organisée par le président Moncef Marzouki. Jebali, qui fait pourtant figure de modéré au sein de sa formation, souhaite confier des ministères-clés à des alliés politiques ou à des indépendants, une éventualité rejetée par des ultras de son parti et son chef, Rached Ghannouchi.

Preuve encore d’une coquille qui se brise de l’intérieur, Lotfi Zitoun, un homme influent, proche de Ghannouchi, a annoncé en cette pleine crise sa démission du parti. Il affirme qu’Ennahda n’a rien à gagner dans le remaniement voulu par Jebali. Les ultras d’Ennahda refusent en particulier de voir limoger le ministre des Affaires étrangères, Rakik Abdessalem, gendre de Rached Ghannouchi, éclaboussé par des accusations de corruption.

Pour les médias tunisiens, il s’agit là d’un « feuilleton interminable ». « La scène politique ressemble de plus en plus à un mercato, où Ennahda marchande, et prétend vouloir élargir la coalition en refusant de céder les ministères régaliens comme le lui réclament l’opposition et ses partenaires », analyse un diplomate occidental, parlant à l’AFP sous couvert d’anonymat. Mais, en voulant conserver les portefeuilles-clés, Ennahda « se tire une balle dans le pied », estime un dirigeant du CPR, Adnène Mancer, également porte-parole de la présidence, laissant entendre un risque d’éclatement de la coalition au pouvoir .

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