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Sinaï : L’armée poursuit ses opérations

Ahmad Eleiba, Lundi, 04 avril 2016

Après l’attentat du 19 mars dernier au Sinaï, qui a fait 13 morts parmi les policiers, l'armée intensifie ses frappes préventives contre les éléments terroristes dans la péninsule.

Sinaï : L’armée poursuit ses opérations
65 éléments terroristes sont morts au cours de l'opération « Droit du martyre ».

Rien que la semaine dernière, les frappes antiterroristes dans le Sinaï du Nord ont fait 65 morts parmi les éléments ter­roristes dans la péninsule du Sinaï, dont certains seraient impliqués dans l’attentat de Safa qui avait fait en mars dernier 13 morts parmi les policiers, a affir­mé le porte-parole militaire Mohamad Samir. Toujours au cours de la semaine dernière, une importante base de contrôle et de soutien logistique appartenant aux terroristes a été décelée dans le nord de la péninsule. Des chambres souterraines y ont été aménagées pour le stockage d’armes et de nourriture. Des uniformes militaires y ont égale­ment été trouvés. Des sources locales ont affirmé à l’Hebdo que cette base servait de centre d’ac­cueil pour les djihadistes en pro­venance de l’étranger, du fait de sa proximité avec les tunnels à la zone frontalière et de son accès au centre de la péninsule à tra­vers des sentiers. Les mêmes sources estiment que les der­nières frappes sécuritaires repré­sentent « un coup dur contre le trafic d’armes et d’explosif, qui reste actif, ainsi que contre l’in­filtration des djihadistes à tra­vers la frontière avec Gaza ». Des sources militaires ont révélé qu’un conseil militaire de haut niveau présidé par le président de la République s’était réuni au lendemain de l’attentat de Safa, une réunion au cours de laquelle le président Abdel-Fattah Al-Sissi aurait demandé une réé­valuation des stratégies sécuri­taires.

Des militaires et des experts en sécurité estiment que les élé­ments terroristes dans le Sinaï ont « développé leurs méthodes ». « De temps en temps, ils changent de tactiques et ont recours parfois à d’an­ciennes pratiques, comme ce fut le cas lors de l’attentat de Safa, qui ressemblait beaucoup à celui de Karm Al-Qawadis. De leur côté, les forces armées dévelop­pent leurs équipements de lutte antiterroristes, notamment ceux qui se rapportent à la détection des explosifs », explique un mili­taire haut gradé. Et d’ajouter que quels que soient les équipements et les stratégies, aucun pays n’a réussi à éradiquer entièrement le terrorisme, d’où l’importance, selon lui, de ne pas minimiser les réussites qui ont été réalisées dans le Sinaï en matière de guerre antiterroriste. Ces décla­rations sont venues en réponse aux interrogations sur l’efficacité des plans et des mesures mis en place par l’armée pour contrer le terrorisme.

Les habitants, entre victimisa­tion et accusations

Une autre source militaire sur le terrain a officieusement affirmé que les forces antiterroristes dans la péninsule du Sinaï « ont la capacité de stopper dans une grande mesure les attentats terro­ristes, mais le défi que représente la collaboration des habitants avec les terroristes, notamment à Al-Arich, rend la tâche plus diffi­cile ». Une collaboration qui faci­lite aux terroristes l’infiltration, la fuite ou le repérage de leurs cibles. Ce même militaire qui se trouvait à proximité du point de contrôle de Safa au moment de l’attentat du 19 mars se demande comment les terroristes ont pu investir les plantations d’oliviers et les maisons aux alentours du point de contrôle s’il n’y avait pas eu de collaboration de la part des habitants.

Des accusations que rejette catégoriquement le député du Sinaï du Nord, Hossam Al-Refaï. « Sans s’en rendre compte, les médias égyptiens s’engagent dans une campagne systéma­tique contre les habitants du Sinaï, les accusant d’être der­rière les attentats terroristes, ce qui n’est pas vrai. L’organisation terroriste a choisi le Sinaï comme base pour s’attaquer aux forces de police et de l’armée, pour attaquer l’Etat égyptien. Elle fait venir des terroristes de l’étranger, et seule une poignée d’habitants sympathisent avec eux, des gens dépravés comme on en trouve dans toutes les sociétés », se défend Al-Refaï. « Les habitants du Sinaï souf­frent du terrorisme encore plus que leurs concitoyens ailleurs en Egypte au même titre d’ailleurs qu’ils souffrent des consé­quences de la lutte antiterroriste. Ceux qui font de la surenchère patriotique en nous lançant des accusations, doivent réaliser que nous sommes aussi et avant tout égyptiens. Les habitants du Sinaï ont payé de leur sang le tribut de la guerre antiterroriste, alors que personne ne se souvient de leurs victimes », poursuit-il encore.

Cela dit, les déplacements forcés et les relocalisations restent des sujets vivement débattus entre les habitants du Sinaï. Quant aux pro­jets de développement du Sinaï du Nord, le député estime difficile de réaliser quoi que ce soit avant l’éradication du terrorisme.

En attendant, les opérations militaires se poursuivront jusqu’à nouvel ordre, pesant de leur poids sur le quotidien des habitants, notamment dans les villes de Rafah, Cheikh Zoweid et Al-Arich. Al-Refaï évoque notamment les postes de contrôle, un sujet récurrent dans les réunions qui ont eu lieu entre les députés du Sinaï et le prési­dent de la République, le premier ministre, le ministre de la Défense, entre autres hauts res­ponsables. Les autorités ont-elles été réceptives à cette requête ? « Les responsables sympathisent, mais les demandes sont toujours là », rétorque-t-il.

D’après les dernières statis­tiques de l’Index de stabilité au Moyen-Orient (Cairo Index of Stability), au cours de 2015, 1 292 terroristes ont été tués dans le gouvernorat du Nord-Sinaï, soient 97 % de l’ensemble des djihadistes tués sur l’en­semble du territoire égyptien. Ce gouvernorat compte également 80 % des militaires et policiers tués au cours de cette même année en Egypte.

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