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Remaniement ministériel : Avantage aux milieux d’affaires

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mardi, 29 mars 2016

Le nouveau cabinet de Chérif Ismaïl a prêté serment, cette semaine, quelques jours avant la déclaration de la politique générale du gouvernement.

Remaniement ministériel : Avantage aux milieux d’affaires
Un remaniement visant à redresser le secteur économique.

Ce remaniement, qui intervient sur fonds de crise économique, a vu l’entrée au gouvernement de dix nouveaux ministres. Le premier ministre Chérif Ismaïl, un technocrate qui dispose d’une longue expérience dans les compagnies pétrolières publiques, avait été nommé en septembre 2015. Certains ministères comme l’Intérieur, la Défense ou les Affaires étrangères, l’Education ou encore la Santé n’ont connu aucun changement. En revanche, les ministres du groupe économique, notamment ceux des Finances, des Investissements, du Travail, du Tourisme et de l’Aviation civile ont changé. Parmi les nouveaux venus figurent notamment Achraf Al-Charqawi comme ministre du Commerce, Amr Al-Garhi comme ministre des Finances, et Dalia Khorchid, comme ministre de l’Investissement. Le juge Hossam Abdel-Réhim a été nommé à la Justice, Mohamad Saafan à la Main-d’oeuvre et Mohamad Abdel-Ati à l’Irrigation. Mohamad Yéhia Rached occupe désormais la position de ministre du Tourisme, Khaled Anani celui des Antiquités, Galal Al-Saïd a été nommé aux Transports et Chérif Fathi à l’Aviation civile. Le président Sissi a appelé les nouveaux ministres à « rationaliser les dépenses », insistant sur la nécessité de « combattre la corruption sous toutes ses formes ».

Redresser l’économie

Le but principal de ce remaniement est de redresser les secteurs de l’économie et du tourisme qui font face à une crise majeure. Le taux d’inflation a atteint 10,6 %, fin 2015, et le taux de chômage s’est élevé à 17 %. Le secteur touristique souffre depuis le crash de l’avion russe dans le Sinaï, d’une récession sans précédent. Les revenus du tourisme ont par conséquent baissé de 15 % par rapport à l’année précédente, et le nombre de touristes est passé de 15 millions en 2010 à 9,3 millions en 2015, selon des statistiques officielles.

Ce récent remaniement soulève un débat quant à la capacité du nouveau gouvernement à relever les défis qui lui incombent. Certains le considèrent comme un changement positif, dans la mesure où l’arrivée de ministres issus du milieu d’affaires pourrait donner un nouvel élan aux politiques économiques. D’autres, en revanche, pensent qu’il s’agit seulement d’un « changement de façade » mené sans critère, et surtout sans vision claire. Mohamad Khalifa, député wafdiste, se dit optimiste, car le nouveau gouvernement regroupe, selon lui, des « ministres expérimentés en matière d’économie et d’investissements ». Il explique que, vu la situation économique actuelle, le président Sissi « a réalisé que les ministres technocrates n’ont pas réussi à gérer le dossier économique. Et c’est pourquoi il a confié cette tâche à des ministres issus du milieu d’affaires. Il est prématuré de les juger maintenant, il faut attendre leurs plans de travail », ajoute Khalifa.

Plus sceptique, le député indépendant Hayssam Al-Hariri, du parti Al-Dostour, se dit déçu de ce remaniement qui ne reflète pas de véritable volonté de changement de politique. « C’est tout le gouvernement de Chérif Ismaïl qui devrait partir et pas seulement quelques ministres. L’Egypte est en crise. La solution n’est pas de changer les ministres, mais de changer les politiques et les priorités », déplore Al-Hariri. Il redoute surtout l’émergence des « ministres issus du milieu d’affaires », un phénomène qui caractérisait les gouvernements de Moubarak et qui avait été considéré dans le temps comme la principale cause de la propagation de la corruption. « Ce jumelage entre le pouvoir et l’argent favorise la corruption. D’autre part, il reflète l’alignement du gouvernement sur les ministres issus du milieu d’affaires et remet en question la volonté de l’Etat de concrétiser la justice sociale. Je crains aussi que ce choix ne soit qu’un prélude à un retour de la privatisation entamée sous Moubarak et qui a eu d’énormes répercussions sur les ouvriers », ajoute-t-il.

Changement de façade ?

Le député Samir Ghattas estime que le gouvernement d’Ismaïl n’a réussi à résoudre aucun dossier durant les six derniers mois. « Le président de la République a changé des ministres dont la performance était mise en cause, mais la question est de savoir si on peut faire une réforme par un changement de personnes. A titre d’exemple, dans le secteur du tourisme, la crise n’est pas liée à la personne du ministre, mais est le résultat de la précarité de la situation sécuritaire. De même, l’économie souffre d’un énorme déficit budgétaire et non pas d’un ministre incompétent. Ce sont donc les politiques qui sont à revoir », affirme le politologue Moustapha Kamel Al-Sayed. Il critique aussi le fait que ce remaniement soit centré sur l’économie, et le fait qu’il n’y eut aucun changement dans des ministères comme la Santé et l’Education. Selon lui, le ministère de l’Intérieur, qui fait face à de véritables crises et fait l’objet de critiques, devait être inclus dans ce remaniement. « Il y a eu des appels pour que ces trois ministères fassent l’objet d’un remaniement. D’autant plus qu’il y a eu beaucoup de critiques vis-à-vis des abus policiers, de l’incompétence du ministre de l’Education, ou encore de l’intransigeance du ministre de la Santé vis-à-vis des revendications des médecins », ajoute Al-Sayed. Le politologue Hassan Nafea estime, quant à lui, qu’il est temps de mettre fin « à ces gouvernements de technocrates ». « Nous avons besoin d’un gouvernement politique, avec une vision et un programme précis qui aideraient le pays à sortir de sa crise. Mais faire perpétuellement de nouvelles nominations dans des gouvernements successifs, qui ont la même vision, c’est condamner ces derniers à l’échec », conclut Nafea

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