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Un processus difficile

Dimanche, 06 mars 2016

Alors que la trêve en Syrie, instaurée le 27 février, a été respectée en dépit de quelques violations mineures, des pourparlers de paix doivent commencer le 10 mars à Genève, avec l’objectif de parvenir à un règlement politique de la crise syrienne. L’envoyé spécial de l’Onu en Syrie, Staffan de Mistura, a rappelé l’ordre du jour du processus : premièrement, des négociations en vue d’un nouveau gouvernement, deuxièmement, une nouvelle Constitution, et troisièmement, des élections parlementaires et présidentielle dans un délai de 18 mois.En février dernier, des négociations à Genève avaient tourné court en raison de l’intensification des bombardements de la Russie, venue au secours du régime syrien.

Depuis, un accord sur une cessation des hostilités a été conclu par les Etats-Unis et la Russie, avec le soutien de l’Onu. La campagne aérienne russe a infligé de sérieux revers aux rebelles, affaiblissant du même coup la posture de l’opposition aux négociations.Mais que doit-on attendre des négociations de Genève ? Si la trêve du 27 février a offert un répit aux Syriens, épuisés par près de cinq ans de guerre, de destruction et de pénuries, les bombardements intenses se poursuivent, notamment sur les territoires tenus par les extrémistes de l’organisation Etat islamique et sur les positions du Front Al-Nosra, tous deux exclus de l’accord.

Et il n’y a à ce jour aucune nouvelle donnée permettant d’espérer une quelconque avancée. La position des acteurs impliqués dans le conflit reste pour ainsi dire figée. La principale pomme de discorde demeure le sort du président syrien Bachar Al-Assad. Tandis que l’Arabie saoudite et les Occidentaux souhaitent le départ de Bachar (même si ces derniers ont récemment assoupli leur position et sont désormais prêts à accepter son maintien pendant une période transitoire), la Russie et l’Iran préfèrent qu’il reste au pouvoir ou du moins son régime. Dans ce contexte, les propos cette semaine du ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, sont révélateurs.

« Il n’y a aucune possibilité qu’Assad reste président. Les Syriens ont parlé lorsqu’ils ont pris les armes contre Assad. Il ne sera plus président », a affirmé Al-Jubeir. En clair, Riyad, qui soutient farouchement la rébellion syrienne, rejettera tout scénario prévoyant le maintien au pouvoir du président syrien. Car pour le Royaume saoudien, tout maintien d’Assad ou de son régime signifierait le maintien de l’axe chiite Téhéran–Damas–Hezbollah soutenu par la Russie, face à l’axe sunnite formé par l’Arabie saoudite avec les pays du Golfe et la Turquie. Or, Téhéran et Moscou ne sont pas prêts à lâcher facilement le président syrien.

Le régime syrien a une importance vitale pour l’Iran à qui il fournit une continuité territoriale avec le Hezbollah libanais. Idem pour Moscou qui maintient à travers le régime de Damas l’une de ses dernières zones d’influence dans la région du Proche-Orient. Le président français, François Hollande, a qualifié cette semaine de « provocatrice » et de « totalement irréaliste » l’idée de Bachar Al-Assad d’organiser des élections législatives en avril, alors que son homologue russe, Vladimir Poutine, estime que cela « ne gênerait en rien »le processus de paix.

En l’absence d’accord entre les puissances impliquées dans le conflit syrien, on voit mal comment un processus de règlement politique peut être mis en place en Syrie.

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