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Armée arabe : La volonté politique fait défaut

Aliaa Al-Korachi, Mardi, 01 mars 2016

Les divergences entre les pays membres de la Ligue arabe sont l’obstacle majeur à la création d’une force arabe commune, dont le protocole était sur le point d'être finalisé par les forces militaires arabes.

Armée arabe : La volonté politique fait défaut
Les chefs d'état-major arabes lors d'une récente réunion au Caire.

« L’objectif sera de faire face à la menace et aux défis terroristes, qui portent atteinte à la sécurité et à la stabilité de chacun des pays membres, et qui constituent une menace directe à la sécurité de la nation arabe », peut-on lire dans le préambule du protocole de la création d’une force arabe commune qui attend toujours la ratification des chefs d’Etat. En fait, à 24 heures de l’heure prévue pour la rencontre des chefs des Etats membres de la Ligue arabe, la rencontre a été ajournée sine die « pour plus de consultations », et ceci en dépit de longues séances de discussions entre les chefs d’état-major arabes. L’« Otan arabe », comme disaient les médias arabes, et qui allait faire renaître une entité vieille de 65 ans, quand sept pays arabes avaient conclu un pacte de défense collective en 1950, reste encore lettre morte. Tout remonte au 29 mars 2015, quand le président Abdel-Fattah Al-Sissi a annoncé depuis la station balnéaire de Charm Al-Cheikh, où étaient réunis les représentants de 21 des 22 pays membres, que « les dirigeants arabes se sont mis d’accord sur le principe de la formation d’une force militaire arabe ». Riyad avait alors apaisé l’annonce en parlant d’un accord sur le principe et non sur la formation elle-même. Mais Le Caire a tout fait pour tenter de rendre vivante cette idée.

La Ligue avait posé un calendrier précis de quatre mois pour que ses Etats puissent parvenir à s’entendre sur sa composition et ses règles d’engagement, avant de s’éteindre le 29 juillet. Les rencontres des militaires arabes sous la présidence du chef d’état-major égyptien, le général Mahmoud Hégazi, à deux reprises au Caire, les 22 avril et 29 mai, ont eu lieu sur un rythme accéléré et régulier pour l’élaboration d’un mécanisme efficace de cette force, concernant la composition, le budget, la contribution et les règles d’engagement de la future force. Un comité de coordination tripartite, rassemblant les chefs d’étatmajor de l’Egypte, du Maroc et du Koweït, a été par la suite formé avec pour mission d’assurer la coordination entre les différents membres de la Ligue arabe pour dépasser les difficultés pouvant entraver la réalisation du projet. Après trois versions des propositions concernant la force commune, les militaires arabes ont réussi à finaliser le protocole fin mai, puis le texte a été distribué par le secrétariat général de la Ligue arabe aux pays membres pour examen dans le délai d’un mois. Le protocole, qui devrait durer cinq ans, est formé d’un préambule et de 12 articles. Conformément au projet, les forces armées arabes compteraient 40 000 militaires sur terre, 1 000 pilotes et 3 000 marins. Tout laissait prévoir, comme l’explique Khaled Okacha, expert militaire, que « le processus avance et que les Arabes sont pour la première fois sur le bon chemin et qu’il s’agit uniquement d’une question de temps. Les déclarations émises par les dirigeants arabes ont été positives ... avant que la procédure ne soit subitement bloquée à 24 heures seulement de la ratification du protocole ». Le jour J, qui devait voir une réunion des ministres arabes de la Défense et des Affaires étrangères, était prévu initialement le 29 juillet avant d’être reporté pour le 27 août au Caire, puis de nouveau à la veille de la réunion, « sans justification », pour une durée indéterminée, à la demande de l’Arabie saoudite rejointe par Bahreïn, le Koweït, le Qatar, les Emirats arabes unis et l’Iraq.

Une affaire facultative

« 11 mois sont passés depuis l’accord préliminaire sur la création de la force à Charm Al-Cheikh et l’avenir de cette force reste incertain », dit Okacha avant d’ajouter que « les militaires ont pu trancher toutes les questions en suspens et les détails techniques susceptibles d’entraver la création de cette force ». Dans les détails, l’adhésion des pays à la force est une affaire facultative et non pas obligatoire, les forces pourraient ne quitter leur pays qu’en cas d’une demande de la Ligue arabe pour intervention. Chaque pays membre de la force devra financer ses propres troupes, tandis que le QG des forces armées communes se trouve au Caire, alors que la direction est saoudienne. Pour Okacha, il est évident que des pressions extérieures internationales et régionales ont été exercées sur certains pays, pour empêcher la création de cette force dans le but de restreindre le rôle régional de l’Egypte. « On s’attendait effectivement à une décision politique mais celle-ci fait encore défaut », dit Okacha. Avis partagé par Mohamad Gomaa, expert des affaires arabes au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, qui pense que « l’objectif stratégique de deux principaux acteurs du projet, l’Egypte et l’Arabie saoudite, pourrait ne pas être le même, puisque les calculs régionaux et les priorités politiques de ces deux puissances militaires divergent sur de nombreux dossiers, notamment les conflits syrien et libyen et sur la nature de leurs alliances régionales. Il y a même des divergences à l’intérieur des pays du CCG ; la position des Emirats concernant le conflit syrien se rapproche de celles de l’Egypte et de la Jordanie, alors que la partie saoudienne s’aligne sur celle du Qatar et de la Turquie. Chaque partie pourrait demander à cette nouvelle entité quelque chose différent de l’autre ». L’avenir des forces du « Bouclier de la péninsule » (pays du Golfe) et sa relation avec la nouvelle force arabe préoccupent en effet les pays du Golfe, bien que comme l’indique Okacha, le protocole ait essayé de résoudre cette question pour assouplir leurs craintes en précisant que la création de cette force ne dissoudra pas des entités militaires déjà formées dans la région.

Toutefois, selon Gomaa, les pays du Golfe craignent un fardeau de financement supplémentaire ou le fait de voir un nombre de leurs contingents quitter le Bouclier pour rejoindre la force arabe. Pourtant, selon Gomaa, « des sphères proches du pouvoir en Arabie saoudite poussent aujourd’hui Riyad à adopter une vision différente de l’égyptienne et à fusionner la nouvelle force arabe avec celle du Bouclier de la péninsule ».

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