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Egypte-Russie : Le partenariat stratégique

Marwa Hussein, Lundi, 08 février 2016

La coopération économique entre l'Egypte et la Russie prend un nouvel élan, après une période de froid due au crash de l'avion russe dans le Sinaï en octobre dernier. Plusieurs mémorandums d'entente viennent d'être conclus.

Egypte-Russie : Le partenariat stratégique
Le tourisme russe est d'une grande importance pour l'Egypte, sa suspension a affecté les revenus du secteur. (Photo:AFP)

La visite d’une délégation politique et d’affaires russes au Caire la semaine dernière marque la reprise des relations entre les deux pays après une période de froid suite au crash d’un avion russe dans le Sinaï, fin octobre 2015. Lors de cette visite, qui a eu lieu les 2 et 3 février, les deux parties ont signé 4 mémorandums d’entente pour la création d’une zone industrielle russe en Egypte, l’achat d’avions militaires et civils russes, le financement de projets dans la future zone industrielle, et finalement la coopération dans le domaine des normes et standards pour faciliter les échanges commerciaux entre les deux pays.

Le potentiel d’une crise politique a surgi suite au crash de l’Airbus qui transportait 224 passagers, mais les intérêts communs politiques ainsi qu’économiques ont pris le dessus. Le rapprochement économique sur fond politique entre les deux pays, depuis la destitution du président islamiste, Mohamad Morsi, a porté ses fruits au niveau commercial en 2014. Les échanges commerciaux sont passés cette année à 5,4 milliards de dollars contre 2,9 milliards en 2013.

Les chiffres du commerce ont cependant décliné en 2015 à cause de la récession en Russie et de la dévaluation du rouble, selon un rapport du ministère égyptien de l’Industrie et du Commerce (voir graphique). S’ils deviennent contrats, certains mémorandums d’entente pourraient gonfler les chiffres du commerce, probablement en faveur de la Russie. A ce jour, les compagnies aériennes égyptiennes privées envisagent l’achat jusqu’à 10 avions russes selon un accord avec Sukhoi Civil Aircraft. Cela pourrait également mener, dans le futur, à la création d’une agence de voyages pour restaurer les vols entre les deux pays, suspendus depuis le crash de l’avion russe, un facteur ayant sérieusement affecté les revenus du secteur du tourisme en Egyte.

Le mémorandum d’entente porte initialement sur l’achat de 4 SSJ-100 jets, avec option d’achat de 6 autres. Les avions seront initialement utilisés pour le transport national dans l’objectif de les utiliser plus tard pour le transport de touristes russes. Evgeny Andrachnikov, vice-président en chef de Sukhoi Civil Aircraft, a déclaré à Reuters que les discussions sur la coopération future sont en progression. « Ce qui a été signé n’est pas un contrat mais un mémorandum d’entente », tient à préciser Andrachnikov, refusant de donner la valeur de la transaction et se satisfaisant de dire qu’elle porte sur plusieurs millions de dollars. Amr Adli, chercheur au Centre Carnegie Moyen-Orient, estime que c’est surtout le tourisme qui compte au niveau économique, les touristes russes étant parmi les principales nationalités à visiter l’Egypte. « Les intérêts politiques et stratégiques vont vraisemblablement pousser la Russie à dépasser dans un futur pas trop lointain les répercussions du crash de l’avion », estime Adli.

Pour la coopération militaire, il s’agit de 4 avions militaires russes. La Russie a offert par ailleurs à l’Egypte l’année passée un navire porte-missiles de type « B 32- Moulinia », qui s’avère être l’une des unités d’armement les plus sophistiquées de la marine russe.

La création d’une zone industrielle russe dans la région du Canal de Suez a aussi été au centre des débats entre Tareq Qabil, ministre égyptien de l’Industrie et du Commerce, et son homologue russe. « Au long de l’année passée, des entreprises russes opérant dans différents domaines, dont ceux de médicaments et d’équipement, ont mené des négociations pour créer des partenariats de fabrication commune dans la future zone industrielle russe », a dit Denis Manturov, ministre russe du Commerce et de l’Industrie, lors d’une conférence de presse. Ahmad Darwich, président de l’Autorité générale de la zone économique du Canal de Suez, a indiqué à Al-Ahram Online que l’objectif est de commencer avec 2 millions de mètres carrés, probablement à Port-Saïd.

Un grand potentiel
Sergey Marchenov, vice-président pour le développement technique d’Eurocement Group, a déclaré à l’Hebdo être venu avec la délégation russe pour étudier la possibilité d’investir en Egypte. « Le marché local du ciment en Egypte est très prometteur avec des perspectives de croissance de la demande au cours des prochaines années, et le gouvernement a annoncé qu’il lancerait un appel pour la construction de nouvelles cimenteries », relate-t-il. Il estime que « l’environnement est bon pour l’investissement. Cependant, la suspension des vols directs entre les deux pays est un peu gênante pour un investisseur. Nous ne sommes pas inquiets, mais c’est un grand problème. Pour venir en Egypte, il faut passer par l’Italie ou la Turquie », ajoute-t-il. César R. Ternieden, conseiller juridique chez Shahid Law Firm, venu à la conférence afin de conseiller les entreprises russes envisageant de s’installer en Egypte, estime qu’il existe un grand potentiel sur le marché égyptien. « Il existe de grandes opportunités, mais les choses se développent lentement. L’Egypte peut certainement mieux faire en généralisant le guichet unique (pour les démarches des investisseurs, ndlr) et en réformant la loi de l’investissement », fait-il savoir. Andrew Shulgin, directeur général du cabinet juridique russe LAS Ltd, voit aussi des opportunités malgré la lenteur des réformes en Egypte. « L’Egypte est lente, mais elle pourrait bien prendre la place de force régionale, et le rapprochement entre la Russie et l’Egypte est encourageant », dit-il. Shulgin prévoit des opportunités pour les entreprises russes dans différents domaines dont l’agroalimentaire, les chemins de fer, l’immobilier et le tourisme malgré les perturbations actuelles.

Les négociations ont de même porté sur la création d’un fonds d’investissement russo-émirati pour financer les projets qui seront créés dans la nouvelle zone industrielle et d’autres projets russes en Egypte. La Russie va également se charger de la modernisation des entreprises publiques construites en Egypte dans les années 1950 et 60 par l’Union soviétique, comme l’entreprise de sidérurgie à Hélouan, voire les chemins de fer.

Les discussions ont enfin concerné les travaux de construction de la centrale nucléaire de Dabaa en Egypte par Rosatom, l’entreprise publique nucléaire russe, selon un accord signé en novembre dernier. « Le président Sissi a demandé d’accélérer la mise en oeuvre du projet. Ce que nous allons étudier après les discussions avec le ministre russe », indique le ministre Tareq Qabil. L’accord nucléaire est surtout de nature stratégique et géopolitique.

Amr Adli prévoit que l’effet économique du rapprochement sera important puisque les principaux partenaires commerciaux de l’Egypte ont toujours été l’Europe et les Etats-Unis, et que la tendance est à la diversification. A cela s’ajoute le fait que l’économie russe est en difficulté avec la baisse des prix du pétrole qui a entraîné une dévaluation de sa monnaie.

Des échanges pas équilibrés

Egypte-Russie : Le partenariat stratégique

Les échanges commerciaux entre l’Egypte et la Russie ont considérablement augmenté en 2014 pour atteindre 5,4 milliards de dollars. Au cours de cette année phare, les exportations égyptiennes vers la Russie ont augmenté de 22,4 % passant à 539 millions de dollars, alors que les importations de Russie ont enregistré une hausse de 97 % pour passer à 4,9 milliards de dollars. Entre janvier et octobre 2015, les chiffres du commerce entre les deux pays ont toutefois baissé de plus de 30 % par rapport à la même période de 2014. Selon un rapport du Service commercial égyptien (ministère de l’Industrie), la baisse est due à la récession économique en Russie suite à la dévaluation du rouble face au dollar.

Les exportations égyptiennes sont principalement constituées de fruits et de légumes, alors que l’Egypte importe de Russie des produits pétroliers (23 % des importations), du blé (21 %), des automobiles et du bois.

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