Vendredi, 24 mai 2024
Al-Ahram Hebdo > Arts >

25 Janvier : La révolution en feuilletons et en chansons

Yasser Moheb, Mardi, 22 janvier 2013

Nombreux sont les téléfilms et les tubes musicaux qui traitent directement de la révolution. Focus sur quelques nouveautés.

25 Janvier
Un héros qui se venge.

La corruption : Alexandre Dumas revisité

Dans leur nouveau feuilleton Al-Montaqem (le vengeur), les réalisateurs Hatem Ali et Ahmad Fawzi déclarent la guerre à la corruption.

C’est la saison patriotique par excellence. Nombreuses sont les oeuvres artistiques qui sont inspirées par le printemps révolutionnaire. Projeté actuellement sur plusieurs chaînes arabes, le feuilleton égyptien Al-Montaqem (le vengeur) s’inscrit dans le cadre des oeuvres dramatiques engagées, reflétant les conséquences psychologiques de la violence et de la corruption.

Inspiré du fameux roman Le Conte de Monte Cristo, d’Alexandre Dumasmw et Les Misérables de Victor Hugo, ce feuilleton narre, à travers ses 120 épisodes, des situations touchant toutes aux représailles. Un thème à la mode, depuis le 25 janvier 2011 ... Vengeance, rivalité, amour, amitié et aventures sont autant d’ingrédients qu’apprécient en ce moment les producteurs égyptiens.

Aux commandes de cette oeuvre, l’Egyptien Ahmad Fawzi et le Syrien Hatem Ali, co-réalisateurs des feuilletons tournés entre l’Egypte, le Liban et la Turquie, avec notamment Amr Youssef, Horriya Farghali, Ahmad Al-Saadani ou Hossam Chaaban.

La trame générale du roman n’est pas respectée à la ligne afin de donner un goût oriental et moderne aux événements qui se déroulent entre 2004 et 2011. « Je joue le personnage de Omar Fouad Al-Zeini, un jeune homme qui se trouve du jour au lendemain victime de la trahison de son ami intime, qui lui dérobe sa liberté, sa femme et sa fille », raconte Amr Youssef. « Tout au long des événements, on témoigne de l’état de la corruption dont souffrait l’Egypte pendant de longues années sous l’ancien régime », précise l’acteur.

Côté style, les deux réalisateurs prennent plaisir à tourner chacun ses épisodes de manière raisonnablement moderne, s’offrant quelques figures de style où règne cette passion pour le règlement de comptes. Cette passion laisse finalement l’impression que le mot de la fin de l’aventure, d’après le héros, est bien la droiture et le châtiment de ses ennemis.

Mais peut-on faire du nouveau avec du vieux ? Pas tout à fait, même si l’idée de s’affranchir de ce monde de feuilletons est à saluer. Sur le plan esthétique, le tout s’avère au final assez beau. L’oeuvre est dotée d’un romantisme et d’une classe que l’on apprécie tout au long de la trame, où les personnages sont idéalement joués au sein de paysages superbes et très bien choisis.

Encore un rendez-vous avec la révolution sur le petit écran ? Il s’agirait plutôt d’un fait historique ou d’un espace temporel, avant d’être un engagement clair et précis.

Les cheikhs en tête d’affiche

25 Janvier
Ahmad Ezz donne au personnage du cheikh sa dimension humaine.

Loin des figures politiques dominant la société, deux feuilletons frappent fort en jetant la lumière sur les cheikhs et leur quotidien.

Le feuilleton Mawlana (notre vénérable cheikh) vient en tête de liste des oeuvres à la connotation religieuse et au contenu social. Il s’agit d’une adaptation télévisée du roman éponyme, signé par le journaliste et écrivain Ibrahim Issa.

Les décors sont toujours en construction : le tournage doit débuter fin février. L’équipe regroupe le réalisateur Amr Arafa et le scénariste Mahmoud Al-Bezzaoui et, assez étonnamment, le jeune comédien Ahmad Ezz qui incarne un cheikh moderne. Ezz, qui a souvent incarné le jeune premier dans des comédies sociales, tient à diversifier ses rôles, relevant là un nouveau défi.

« On n’est là ni pour donner des leçons de morale, ni pour attaquer tel ou tel courant idéologique. On essaye simplement de mettre en lumière les facettes d’une communauté d’hommes de religion, à laquelle on voue une grande estime », souligne le réalisateur Amr Arafa.

Selon lui, « le monde des cheikhs » — dont certains se donnent le droit de juger l’intention et le destin des autres — est particulièrement riche. « Ce qui nous intéresse c’est de parler de la société en général et d’exposer les différents points de vue de la période post-révolutionnaire. Les spectateurs-citoyens sont les seuls capables de juger le naturel et l’artificiel du comportement humain », poursuit Amr Arafa.

Mais le scénariste Mahmoud Al-Bezzaoui juge toutefois qu’il s’agit d’un thème délicat, notamment de par son côté social. « C’est l’histoire d’un cheikh qu’on aborde en tant qu’être humain, et dont la nature et les positions renferment des qualités et des défauts, comme tout être humain normal », explique brièvement le scénariste, refusant les critiques qui fusent sur l’oeuvre avant même son tournage.

Tirant sur cette même corde religieuse et sociale, le jeune comédien Amr Saad incarne le rôle d’un cheikh dans un autre feuilleton, Bachar meslakom (être humain, comme vous tous).

Ecrit par Mohamad Salah Azab, le feuilleton — dont la diffusion est prévue pour le prochain Ramadan — relate l’histoire d’un jeune homme qui, une fois ses études universitaires terminées à Al-Azhar, décide d’entrer dans le domaine de la daawa (prédication). « Après avoir brisé tous les tabous, au lendemain de la révolution, nous jugeons tout à fait logique de discuter de tout dans un cadre de respect et d’objectivité. Nous ne cherchons pas à critiquer les uns ou les autres, mais à faire admettre que nous sommes tous dans la situation », souligne Mamdouh Chahine, le producteur. Une oeuvre de plus qui vise à démystifier les hommes de religion.

Patriote avant tout !

25 Janvier
Ali Hussein fait appel à l'union.

Occupant une place importante sur les ondes depuis le 25 janvier, la chanson patriotique est sans cesse remise au goût du jour. C’est le cas de Hasses bel khatar, interprétée par Ali Hussein.

Le drame télévisé n’est pas le seul à célébrer le deuxième anniversaire de la révolution. Certains chanteurs ont choisi de souffler la seconde bougie de la révolution à leur façon.

L’un d’entre eux est Ali Hussein, qui revient avec une nouvelle chanson, Hasses bel khatar (je sens le danger), déjà diffusée par plusieurs chaînes satellites. Réputé pour son style nubien, le jeune interprète lance ici un message sociopolitique visant à défendre les intentions de ses collègues révolutionnaires.

Les paroles, signées Yasser Beltagui, commencent par nier toutes sortes de trahison collée récemment aux révolutionnaires. Elles expliquent que la place Tahrir restera à jamais un témoin à part entière de la loyauté et de la noblesse de la révolution.

D’où l’obligation de mettre de côté les différends et les points de vue divergents, dans le but de sauver la patrie. « Un libéral est patriotique, un islamiste l’est aussi, et pour l’intérêt de notre patrie nous devons oublier tous nos conflits », avance-t-on dans le refrain.

A travers ses deux couplets, la chanson met en garde contre la division qui menace actuellement la scène politique. Les images du clip réalisé par Baher Rached vont elles aussi dans ce sens. Malgré un choix parfois trop direct, l’ensemble des images est convenable, regroupant des photos de martyrs, de révolutionnaires ou de policiers tous épris d’un désir de changement. Le message des paroles est clair : nous sommes tous pareils, et seul le bien de la patrie doit compter.

Côté musique, la mélodie signée Yasser Nour s’avère appropriée à une telle chanson. Simples, loin des rythmes dominant habituellement les chansons patriotiques modernes, les airs mêlant jazz et vocal attirent facilement l’oreille. Bref, un nouvel hymne national à la solidarité.

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique