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Eau : Des ressources en deçà des besoins

Dalia Abdel-Salam, Mardi, 22 décembre 2015

Avec une part des eaux du Nil qui n’a pas changé depuis 1959, une population grandissante, l’Egypte fait face à un important défi pour assurer ses besoins hydriques.

Eau
Les Egyptiens sont sous le seuil de la pauvreté en eau, avec une part de 700 m3 par an par habitant.

L’Egypte s’inquiète pour ses ressources en eau. La part d’un Egyptien en eau est entre 600 et 700 m3 par an, une part qui se situe déjà en dessous du seuil de pauvreté en eau (1 000 m3/habi­tant/an). Sous l’effet de la seule croissance démographique, cette part annuelle baissera à 500 m3 par an, en 2025, selon les chiffres publiés en 2014 par le ministère de l’Irrigation et des Ressources hydriques. En Egypte, la popula­tion est passée de 22 millions d’habitants en 1950 à 90 millions en 2015 et atteindra entre120 et 150 millions à l’horizon 2050. Ce qui exercera encore plus de pression sur les ressources hydriques, qui se raréfient depuis les années 1990. L’Egypte dépend du Nil pour son approvi­sionnement en eau, assuré à 95 % par ce fleuve. Sa quote-part dési­gnée par un accord datant de 1959 est de 55,5 milliards de m3 par an, dont 80 % proviennent de l’Ethiopie à travers le Nil Bleu, le Sobat et l’Atbara, et 20 % de l’Ouganda, du lac Victoria à tra­vers le Nil Blanc.

« Pour assurer un minimum de sécurité hydrique, le président Gamal Abdel-Nasser a décidé de construire le Haut-Barrage d’Assouan, derrière lequel une grande réserve d’eau d’environ 165 milliards de m3 est stockée », explique Khaled Abou-Zeid, res­ponsable du programme régional de ressources en eau, au Centre de l’Environnement et du Développement pour la région Arabe et l’Europe (CEDARE).

Aujourd’hui, les besoins en eau de l’Egypte s’élèvent à 75 milliards de m3 par an et sont assurés, outre le Nil, par les eaux souterraines, les pluies, le dessa­lement de l’eau de mer et le recyclage des eaux usées.

Les précipitations en Egypte se produisent uniquement en hiver. La quantité annuelle utilisée effi­cacement est estimée à 1,3 mil­liard de m3. Selon les données du ministère de l’Irrigation et des Ressources hydrauliques, les eaux souterraines se trouvent notamment dans le désert occi­dental et le Sinaï. Cette ressource assure 2 milliards de m3 par an. Toutefois, Les principaux obs­tacles à son exploitation sont les importantes profondeurs des aquifères (jusqu’à 1 500 m dans certaines régions), qui sont la plupart du temps non-renouve­lables, ainsi que la mauvaise qualité de l’eau. Le dessalement d’eau de mer, qui ne représente certainement pas une ressource importante pour l’Egypte, est effectivement pratiqué dans la zone côtière de la mer Rouge, afin de subvenir aux besoins en eau des villages et stations tou­ristiques qui sont capables d’as­sumer les coûts élevés de ce traitement. Selon le ministre de l’Irrigation, Hossam Moghazi, l’une des ressources de plus en plus exploitées et qui permet à l’Egypte de surmonter l’écart entre l’offre et la demande en eau douce est la réutilisation de l’eau du drainage agricole. « La quan­tité des eaux, qui retourne vers les drains, est relativement éle­vée, environ 25 à 30 % des eaux utilisées dans l’irrigation. La quantité des eaux recyclées est estimée à 15 milliards de m3 par an », affirme Moghazi. En fait, l’agriculture est le premier consommateur d’eau douce avec un taux qui atteint 85 % de la totalité des ressources. Le pro­blème de la pénurie d’eau va s’aggraver de plus en plus, vu la forte croissance démographique ainsi que les besoins grandis­sants en eau dans les secteurs municipaux et industriels. L’Egypte a, donc, intérêt à mieux gérer ses ressources limitées.

Développer coûte que coûte

Situé dans la région de Benishangul Gumuz, sur le Nil Bleu en Ethiopie, le barrage de la Renaissance est construit dans un endroit, où le débit d’eau s’élève à 500 millions de mètres cube d’eau par jour. Selon les Ethiopiens, l’objectif de la construction de ce barrage est de générer de l’électricité et non pour l’irrigation. Une fois sa construction achevée, le barrage, long de 1 800 mètres, haut de 160 mètres et fort de 16 tur­bines, devra produire 6 000 mégawatts d’électricité. Le coût de sa construction s’élèvera à 4,2 milliards de dollars et est autofi­nancé par l’Ethiopie. Alors que les négociations sont toujours en cours sur son impact sur la part d’eau des pays de l’aval, le Soudan et l’Egypte, la moitié des travaux de construction est déjà termi­née. Entamé en 2009, et officiel­lement annoncé fin mars 2011, le barrage devra être opérationnel en 2017. Sa capacité de stockage, de 74 milliards de m3, est atteinte dans une période entre 5 et 7 ans.

Et bien qu’il semble de grande utilité surtout pour la produc­tion d’énergie en Ethiopie, ce barrage représente une menace pour les ressources hydriques égyptiennes qui sont déjà sous grande pression. La quote-part de l’Egypte en eau du Nil est la même, 55,5 milliards de mètres cube, depuis 1959. La population a quadruplé depuis. Selon Diaa Al-Qoussi, expert en eau, le bar­rage avec ses spécificités tech­niques et sa hauteur considé­rable est susceptible de priver l’Egypte de ses droits historiques sur les eaux du Nil. Malgré les déclarations rassurantes des res­ponsables éthiopiens lesquelles assurent que le barrage ne nuira jamais à l’approvisionnement en eau de l’Egypte, Adiss-Abeba refuse de s’engager officielle­ment à respecter la part de l’Egypte dans les eaux du Nil.

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