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Aux Etats-Unis, les réfugiés un enjeu électoral

Maha Al-Cherbini, Mardi, 24 novembre 2015

En pleine campagne des primaires pour la présidentielle américaine de 2016, républicains et démocrates jouent la carte des migrants pour gagner des voix.

Dans la foulée des attentats de Paris, la crise des migrants s’est invitée dans le débat politique aux Etats-Unis bien que le pays soit moins touché que l’Europe par le problème. Depuis le début de la crise syrienne, un peu plus de 2 000 réfugiés syriens – dont la moitié sont des enfants — ont été acceptés par les Etats-Unis. Une goutte d’eau par rapport aux centaines de milliers de migrants arrivés en Europe. Ce n’est qu’au début de septembre, après la diffusion de l’image d’un enfant syrien noyé sur les côtes turques, que les Etats-Unis, déjà pointés du doigt pour leur passivité, ont promis qu’ils allaient accueillir 10 000 réfugiés syriens d’ici fin 2016. Une promesse qui risque de rester lettre morte en raison du drame qui s’est passé à Paris vendredi 13 novembre. Déjà, plusieurs Etats américains comme le Texas, l’Arkansas, l’Alabama et le Michigan ont annoncé qu’ils refuseraient désormais d’accueillir des réfugiés syriens. Plus grave encore, la Chambre des représentants, à majorité républicaine, a adopté une mesure pour suspendre l’accueil de réfugiés syriens et iraqiens. « Mieux vaut prévenir que guérir », a expliqué le président républicain de la Chambre, Paul Ryan.

Ce texte prévoit que le directeur du FBI, le secrétaire à la sécurité intérieure et le directeur du Renseignement national certifient que chaque réfugié ne constitue pas de menace sécuritaire. Ces nouveaux obstacles ont été qualifiés de « dilatoires et d’impraticables » par la Maison Blanche. Pour être appliqué, ce texte doit également recueillir l’approbation du Sénat dès la semaine prochaine. Mais, quoi qu’il arrive au Sénat, le président Barack Obama a déjà promis qu’il mettrait son veto à cette résolution. Il faudrait alors procéder à de nouveaux votes, mais avec une majorité de deux tiers dans chaque Chambre. « Des vies sont en jeu et les Etats-Unis ont un rôle crucial à jouer face à la crise. Il faut éviter tout amalgame entre terroristes et réfugiés. Les gens qui fuient la Syrie sont ceux qui souffrent le plus du terrorisme », a affirmé Obama, dans une dernière tentative pour redorer son blason avant son départ de la Maison Blanche, l’année prochaine. Selon les experts, si ce sujet fait soudainement son intrusion sur la scène politique américaine c’est parce qu’il s’agit d’une carte politique dont les candidats à la présidentielle américaine de 2016 se servent pour gagner les primaires démocrates et républicaines. L’immigration aux Etats-Unis a toujours été un important sujet de débat lors des présidentielles. Pour marquer des points auprès de leur électorat, les républicains jouent sur la peur et le thème de l’islamophobie, alors que les démocrates, de leur côté, se posent en défenseurs des droits de l’homme. Au milieu de ce jeu électoral, personne ne s’intéresse vraiment au sort des milliers de réfugiés.

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