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Syrie: L’opposition se cherche un premier ministre

Maha Salem avec agences, Lundi, 21 janvier 2013

Réunie en Turquie, l’opposition a essayé de s’organiser en formant un gouvernement de transition. Une tâche difficile en raison des conflits entre ses membres. Tandis que Bachar Al-Assad cherche à se présenter pour un nouveau mandat

l opposition
La situation s'aggrave de plus en plus. Les Syriens fuient ou cherchent un abri.(photo:reuters)

De nouveau, les membres de la Coalition Nationale Syrienne (CNS) se sont réunis cette semaine à Istanbul. Ils ont tenté de renouveler leur proposition qui vise à former un nouveau gouvernementde transition. Un accord de la Coalition nationale syrienne, regroupement de l’opposition dominé par les Frères musulmans et leurs alliés, pourrait permettre de répondre à ses inquiétudes sur les risques de désintégration de la Syrie en cas de chute du président Bachar Al-Assad.

Créé le 11 novembre à Doha, le CNS est reconnu comme unique représentante légitime du peuple syrien par la France, la Grande-Bretagne, la Turquie et les six pays du Conseil de coopération du Golfe. Mais les conflits et les différends entre ses membres ont fait échouer les tentatives de formation d’un gouvernement de transition. Cette fois, l’opposition a pris des mesures vers la formation de gouvernement en essayant de nommer un premier ministre pour préserver sa crédibilité comme alternative démocratique à quatre décennies

de règne de la famille Al-Assad. « La coalition est un organe législatif et nous avons besoin d’un exécutif. Il y a eu beaucoup d’erreurs et les gens que nous sommes censés représenter à l’intérieur du pays se sentent marginalisés », a déclaré Kamal Al-Labouani, membre éminent et l’un des rares libéraux du CNS. Ces déclarations révèlent la teneur des conflits et divergences entre les membres de l’opposition. En effet, la montée en force ces derniers mois des rebelles djihadistes comme force dominante de l’opposition armée et la possibilité d’une réaction négative des sunnites, majoritaires en Syrie, envers la minorité alaouite à laquelle appartient le clan Assad inquiètent la communauté internationale. Et cela alors que les chances d’aboutir à un accord prévoyant le départ de Bachar Al-Assad s’ameunuisent. Déjà, la nomination d’un gouvernement de transition faisait partie de l’accord initial qui a donné lieu à la formation du CNS l’an dernier. Mais certains membres de l’opposition considèrent cette option avec beaucoup de méfiance.

L’opposition redoute que les puissances occidentales n’influencent la formation d’un gouvernement qui pourrait, par la suite, négocier avec Bachar Al-Assad. Partageant le même avis, les Frères musulmans, seule force politique organisée au sein de l’opposition, sont opposés à la formation d’un gouvernement. Défendant l’idée de la formation du gouvernement, Kamal Al-Labouani a déclaré qu’un gouvernement de transition ne négocierait pas d’accord sans poser comme pré-condition le départ de Bachar Al-Assad. Il a ajouté qu’il s’agissait de deux candidats au poste de premier ministre, dont l’ancien premier ministre syrien Riad Hijab, qui a fait défection le 5 août pour se réfugier en Jordanie. « Hijab est qualifié et est maintenant au service de la révolution. Nous avons déjà des centaines de déserteurs au sein de l’Armée syrienne libre », a déclaré Al-Labouani. L’autre candidat possible est Asaad Moustafa, qui a quitté la Syrie après avoir été ministre de l’Agriculture sous la présidence de Hafez Al-Assad. Selon les analystes, l’opposition fait pression pour former un gouvernement de transition pour une autre raison. « L’opposition veut former un gouvernement pour rassurer la communauté internationale pour que cette dernière le reconnaisse et s’assure qu’il aura suffisamment de financements, qu’il sera capable d’intervenir dans les zones libérées de Syrie », estime Moatez Salama, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram au Caire, en ajoutant que la communauté internationale a promis à l’opposition de lui fournir une aide une fois qu’elle sera unifiée.

Nouveau mandat

Alors que l’opposition exige que Bachar Al-Assad quitte le pouvoir, le vice-ministre des Affaires étrangères, Jihad Moqdad, a jugé que le président pouvait en toute légitimité se présenter à la présidentielle de 2014 dans le cadre d’élections pluralistes. Faisant toujours la sourde oreille, Assad pourrait briguer ce nouveau mandat, en s’appuyant principalement sur une armée restée fidèle qui multiplie raids et bombardements dans un conflit qui semble sans issue après 22 mois de violences. « Le président et les autres candidats devront aller vers le peuple, présenter leurs programmes et être élus par le peuple. Ce seront les urnes qui décideront de l’avenir de la Syrie », a déclaré Al-Labouani. Depuis la prise du pouvoir par le parti Baas, il y a un demi-siècle, les Syriens devaient approuver tous les sept ans le candidat unique présenté par le parti au pouvoir. Ainsi Hafez Al-Assad a régné durant 30 ans et son fils suit les pas de son père. Selon la Constitution adoptée en février 2012, Bachar Al-Assad peut se présenter deux fois à partir de 2014. Il pourrait ainsi gouverner jusqu’en 2028, soit au total 28 ans. Pour Moqdad, « cela ne fait pas 2 ou 4 ans, mais 10 ou 20 ans que certains cercles veulent changer la direction de la Syrie pour des objectifs politiques bien connus. Cela ne se produira pas. Pourquoi faut-il exclure X ou Y du processus démocratique ?», a estimé le ministre en ajoutant qu’exclure qui que ce soit n’est pas de la démocratie.

Le chef de l’Etat se montre intraitable sur cette question et l’émissaire international, Lakhdar Brahimi, l’a appris à ses dépens. Son principal allié, la Russie, a déclaré dimanche dernier que son éviction ne figurait pas dans les accords internationaux et a jugé qu’elle était impossible à mettre en oeuvre. « Nos partenaires sont convaincus qu’il est préalablement indispensable d’évincer Bachar Al-Assad du processus politique et c’est une condition qui n’est pas contenue dans l’accord de Genève, adopté en juin par les grandes puissances, et qui est impossible à mettre en oeuvre, car cela ne dépend de personne », a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Fin janvier, l’émissaire onusien, Lakhdar Brahimi, présentera son rapport devant le Conseil de sécurité de l’Onu. Ensuite, les cinq membres permanents de ce dernier devraient tenir une réunion sur la Syrie essayant de trouver une issue à cette crise, alors que le pays s’enfonce toujours davantage dans la guerre civile.

Le conflit en Syrie a d’ores et déjà fait plus de 60 000 morts selon les Nations-Unies, et la situation ne cesse de s’aggraver sur le terrain .

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