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Hisham Halabi : La conviction est forte que l’attentat a été planifié à l’étranger

Ahmad Eleiba, Mardi, 07 juillet 2015

Pour le général d'état-major Hisham Halabi, conseiller militaire et membre du Conseil égyptien des affaires étrangères, l'Egypte fait face à une guerre de quatrième génération. Entretien.

Hisham Halabi
Hisham Halabi, conseiller militaire et membre du Conseil égyptien des affaires étrangères.

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous les dernières violences dans le Sinaï entre l’armée et les groupes terroristes ?

Hisham Halabi : Les derniers événements du Sinaï ont révélé que la guerre de quatrième génération ou « guerre asymétrique entre armées et organisations extrémistes transfrontalières » bat son plein. Les forces égyptiennes ont réussi à déjouer le plus grand plan tissé par ces groupes contre l’Egypte, et avec lequel ils ont voulu s’imposer et contrôler des points stratégiques du Sinaï pour déclarer un émirat islamique. Les forces armées ont prouvé, lors de la bataille, leur compétence à faire face à ces groupes, bien que ceux-ci aient utilisé pour la première fois des nouvelles tactiques opérationnelles. La réaction des forces armées a ainsi été forte et rapide. Pour évaluer la performance des forces armées, il ne faut pas la juger après une seule opération. Cela doit se faire après une période de 6 mois à un an. Mais maintenant, nous pouvons assurer que les indicateurs d’évaluation sont très élevés en faveur des troupes égyptiennes.

— Pensez-vous que ces attentats aient été planifiés par des pays étrangers ?

— Sur le plan de la planification, la conviction est forte dans les cercles militaires et sécuritaires que l’attentat a été soutenu et planifié à l’étranger, en particulier par le Qatar et la Turquie. Les indices indiquent que cette opération a été préparée à l’extérieur et exécutée par des éléments qui leur sont loyaux à l’intérieur. Nous sommes confrontés à des agences de renseignements internationales qui choisissent le moment de l’opération et qui se chargent de l’équipement et du traitement des éléments terroristes à l’intérieur. Cette organisation, selon ce qui a été révélé, possède un armement lourd d’une armée. Ce ne sont pas des armes traditionnelles comme les autres groupes terroristes qui se propagent dans la Vallée et le Delta en Egypte. Ces éléments sont plus organisés et plus équipés. Ils possèdent des canons antiaériens et du « C4 », un explosif dix fois plus puissant que le TNT.

— Selon vous, l’environnement tribal du Sinaï est-il un incubateur pour ces groupes ?

— A mon avis, il existe un incubateur et des intérêts économiques pour ces éléments dans le Sinaï. Ils ont souvent acheté, par exemple, des voitures modernes et coûteuses utilisées dans des opérations de bédouins. Ils possèdent même des documents en règle. Des associations sont aussi utilisées comme couverture afin d’envoyer des fonds à ces groupes. Ils les transfèrent également, pour être plus légaux, à des personnes qui ne suscitent aucun doute.

— Pensez-vous qu’il existe un manque d’informations dans la guerre contre le terrorisme dans le Sinaï ?

— L’information est un élément essentiel dans la guerre contre le terrorisme dans le Sinaï, mais il est difficile d’obtenir des informations adéquates dans un tel environnement complexe. Il est attendu que ces groupes recourent à une technique particulière pour diffuser des informations trompeuses. Mais, malheureusement, il faut avouer qu’il existe un manque d’informations que ni nous, ni personne d’autre ne peuvent combler : des stocks d’armes n’ont pas encore été détectés. Il existe des tunnels qui fonctionnent efficacement et dans lesquels les éléments terroristes passent librement de la bande de Gaza au Sinaï. Une ouverture vient d’être découverte ces derniers jours, et il est possible que celle-ci ait été utilisée dans l’opération.

Une relation existe-t-elle, selon vous, entre les organisations djihadistes salafistes dans le Sinaï et les courants de l’islam politique tels que les Frères musulmans ?

— Les liens de communication entre eux sont évidents, à la fois en ce qui concerne le moment de l’opération et des préparatifs à l’étranger. Mais le problème dans ces pays qui abritent ces éléments est que leurs médias officiels ont fait la propagande de la chute de Cheikh Zoweyed dans le Sinaï, et n’ont pas été condamnés diplomatiquement par d’autres pays arabes. La réaction internationale a été également moins importante que prévu, notamment par les Nations-Unies qui auraient dû avoir une position ferme sur le dossier du terrorisme. Pourquoi les Nations-Unies et ses institutions, ainsi que les pays occidentaux ne prennent-ils pas position contre les pays, groupes et personnalités qui financent et soutiennent le terrorisme ? Il existe une convergence d’intérêts entre la confrérie et ces organisations pour renverser le pays et les forces armées égyptiennes. Il est évident qu’ils ont le même agenda.

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