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Les terroristes en déroute

Ahmad Eleiba, Mardi, 07 juillet 2015

En attaquant Cheikh Zowayed, les terroristes voulaient faire de cette ville leur bastion dans le Sinaï. Un plan mis en échec par l'armée.

Les terroristes en déroute
Un blindé égyptien en patrouille dans le Nord du Sinaï. (Photo : AP)

Les forces armées égyptiennes ont avorté la plus importante attaque jamais lancée dans le Sinaï depuis sa libération en 1982. L’offensive a été menée par des éléments appartenant à l’organisation Wélayet Sina (province du Sinaï), branche égyptienne de l’EI. Les éléments terroristes voulaient semble-t-il reproduire le scénario de la chute de Mossoul en Iraq. L’attaque a été menée de manière concertée contre 15 points de contrôle de l’armée dans les régions de Rafah et d’Al-Cheikh Zowayed. En effet, cette région abrite le plus grand rassemblement de forces de sécurité. Les groupes d’assaillants étaient relayés par d’autres chargés de s’emparer des sites militaires et de transmettre l’information sur le site électronique de l’organisation.

Des sources militaires et des témoins ont révélé que l’attaque a été menée par des dizaines d’éléments de l’organisation Wélayet Sina munis d’armes lourdes et moyennes, entre autres des missiles Hawn, RPG et des véhicules 4x4 blindés. Ces éléments ont, à tour de rôle, attaqué les points d’Al-Rifaï, Sedrat Al-Haggag, la porte de Cheikh Zowayed, Sadiroute, Al-Massoura, Al-Wahchi, Gadara, Al-Chalaq, Al-Abidate et Kabrat Emeira. Les affrontements ont commencé à 7h du matin et ont duré près de 10 heures.

Les terroristes en déroute
Le président Al-Sissi, en uniforme militaire, en visite surprise dans le Nord du Sinaï. (Photo : Reuters)

La technique de l’attaque est hautement militaire. C’est ce qu’affirme l’ex-directeur des services de renseignements militaires, Mamdouh Moussa : « On aurait dit 2 armées qui s’affrontent avec un déploiement selon la tactique des vagues offensives. En d’autres termes, un premier jet d’attaques est assumé par un groupe qui se charge de faire exploser le site choisi et de tuer ses occupants. Ensuite, un deuxième groupe s’empare des armes. En troisième phase, une équipe se charge de filmer les événements et de lever les drapeaux sur les sites ». Il ajoute que l’organisation terroriste a sous-estimé les capacités de l’armée égyptienne dans le Sinaï.

Les représailles menées par l’armée égyptienne ont été immédiates, faisant 22 morts dans les rangs des terroristes pendant les premières minutes. Les scènes les plus violentes se sont déroulées à Cheikh Zowayed, Al-Rifaï et Sedrat Al-Haggag. Les 4x4 blindés ont surgi et refusé de se conformer aux ordres des soldats de s’arrêter. Selon des sources militaires officielles, les soldats ont tout fait pour réduire les pertes autant que possible. Au moins 20 véhicules 4X4 ont été anéantis. Quelques-uns de ces éléments terroristes ont quand même réussi à fuir les lieux vers les zones habitées à Cheikh Zowayed ou en direction des frontières avec la bande de Gaza.

Une source des services de renseignements révèle que les éléments terroristes ayant mené des attaques contre Rafah ont fui vers la bande de Gaza, ce qui signifie qu’il existe toujours des brèches avec le secteur de Gaza.

Dans le même contexte, un porte-parole militaire a déclaré que des unités du camp d’Al-Zohour sont immédiatement sorties pour un ratissage et une traque des éléments terroristes en fuite. L’affrontement a été caractérisé par le recours aux chasseurs F16. A ce propos, Abou-Farag affirme qu’il existe des régions au-dessus desquelles le vol d’hélicoptères Apaches est difficile car les éléments terroristes possèdent des systèmes portatifs anti-aériens. L’armée n’avait d’autre choix que de recourir aux chasseurs F16 en essayant de s’éloigner des zones habitées. Et cela malgré des informations assurant que les éléments terroristes ont bénéficié d’un soutien dans certaines régions.

Des sources militaires affirment également qu’Israël a joué un rôle important en matière de renseignements, surtout en ce qui concerne la zone proche de ses frontières. C’est ce qui explique, selon les sources, les tirs de missiles depuis le Sinaï sur le territoire israélien par les terroristes de Wélayet Sina.

Protection populaire

Les terroristes en déroute
Funérailles d'un officier égyptien tué lors d'affrontements dans le Sinaï. (Photo : AP)

Une question centrale préoccupe les experts militaires : comment un tel nombre d’éléments terroristes puisse sortir de la communauté tribale du Cheikh Zowayed ? Il est évident que les éléments terroristes ont profité d’une certaine protection. Selon le général Mamdouh Moussa, les tribus n’ont pas tenu leurs promesses de coopérer au niveau des renseignements pour dénoncer les terroristes. Dans ce même contexte, une source locale bien informée assure que des éléments tués au combat appartenaient aux tribus de Sawarka et Romaïlat. Hégazi Abou-Farag de la tribu d’Al-Tarabine affirme à Al-Ahram Hebdo que le plus grand nombre d’éléments mobilisés pour ces attaques dans la région de Cheikh Zowayed appartient aux Meneïs, un clan de la tribu de Sawarka qui habite le village de Mahdiya, siège de Wélayet Sina. Il ajoute que les éléments de la tribu de Romailat ont des liens avec la bande de Gaza.

Le porte-parole militaire, le colonel Mohamad Samir, assure que la prise de contrôle par l’armée de Rafah et de Cheikh Zowayed a été achevée en fin de journée après des combats avec les éléments de Wélayet Sina. Cela a été confirmé par le président Abdel-Fattah Al-Sissi lors de sa visite sur le terrain. Le président a fait le lien entre les différents événements, de l’assassinat du procureur général le 29 juin aux actes terroristes avortés dans 10 gouvernorats le lendemain, en passant par les attaques du Sinaï.

Le général Moussa ajoute : « Les Frères musulmans auraient participé à la planification de cette opération. Ils ont pu récemment retrouver leur équilibre et sont entrés en contact avec d’autres organisations partageant le même objectif qu’eux, à savoir renverser le pouvoir égyptien, et montrer l’incapacité des forces armées à affronter les dangers. Ces arrangements ont eu lieu en Turquie avec des leaders de l’organisation internationale des Frères musulmans qui ont coordonné l’attaque avec d’autres éléments étrangers appartenant à d’autres organisations terroristes ».

En résumé, l’opération du 1er juillet prouve l’existence d’éléments ralliés à l’organisation de l’Etat islamique dans le Sinaï. La fuite de la majorité d’entre eux confirme que leurs desseins n’ont pas abouti.

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