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Fin de l’impunité ?

May Al-Maghrabi, Lundi, 15 juin 2015

Un policier a écopé 15 ans de prison pour le meurtre d›une manifestante. Un verdict salué par les forces politiques.

Fin de l’impunité ?
La Justice venge le sang de Chaïmaa Al-Sabbagh. (Photos : AP)

Le policier accusé du meurtre de la militante de gauche, Chaïmaa Al-Sabbagh, a écopé 15 ans de prison ferme, cinq mois après la mort de celle-ci. Jeudi, la Cour d’assises a condamné le policier reconnu coupable de coups et blessures ayant entraîné la mort de Chaïmaa ainsi que d’avoir, délibérément, blessé d’autres manifestants. Les attendus du jugement n’ont pas été encore rendus et le condamné peut interjeter appel.

Les membres du parti La coalition populaire socialiste auquel appartenait Chaïmaa ont salué le verdict.

Cette condamnation est conçue par les activistes et les défenseurs des droits de l’homme comme une triomphe partielle de la révolution de 2011 et de l’Etat de droit. Elle pourrait mettre fin à « l’impunité de la police ». Un pas qui devra toutefois être suivi d’autres. « Ces verdicts ancrent les principes de la souveraineté de la loi et de l’indépendance de la justice. Ils contribuent à limiter les abus policiers. L’importance de ce verdict réside dans le message qu’il adresse aux policiers », réagit Hafez Abou-Seada, membre du Conseil national des droits de l’homme.

Le meurtre de la militante Chaïmaa Al-Sabbagh avait soulevé une vague d’indignation parmi les forces politiques et la mouvance révolutionnaire. Les images de sa mort ont fait le tour du monde via les réseaux sociaux. D’autant plus qu’elle est morte lors de la commémoration de l’anniversaire de la révolution de 2011. On y voyait un retour aux dérives policières de l’ère de Moubarak. Chaïmaa participait à une manifestation pacifique au centre-ville, avec des membres de son parti. Les manifestants voulaient déposer une gerbe sur la place Tahrir, épicentre de la révolution de 2011, en honneur aux centaines de manifestants tués sur ces lieux.

Le parti avait accusé la police de son meurtre, une accusation qu’avait rejetée l’ex-ministre de l’Intérieur, Mohamad Ibrahim. « La police n’a fait usage que de gaz lacrymogène », insistait l’ex-ministre. En revanche, le ministère a présenté un acte d’accusation contre Zohdi Al-Chami, vice-président du parti du Courant populaire, pour port d’arme. Celui-ci a été détenu pour le meurtre de Chaïmaa, membre de son propre parti. Cette accusation a été rapidement réfutée par ses avocats qui ont su démontrer que les rapports de la police étaient montés de toutes pièces. Il a été libéré par la suite.

Le Parquet s’est finalement basé sur des vidéos amateurs, montrant Chaïmaa succomber sous les balles d’un policier. En mars dernier, le procureur général avait décidé de traduire à la Cour d’assises le policier en question.

« Ce verdict est une victoire pour la révolution de janvier, les principes de la démocratie et surtout pour la souveraineté de la loi. Il a mis en lumière les mensonges de l’ex-ministre de l’Intérieur qui a tenté de camoufler les abus de ses policiers. C’était trop audacieux de m’accuser de son meurtre alors que c’est la main de la police qui était souillée de son sang », se félicite Al-Chami.

Il ajoute qu’il s’agit d’un pas positif qui doit être suivi d’autres. « La loi sur les manifestations, promulguée fin 2013, sert de prétexte aux forces de l’ordre pour recourir à la force, parfois létale, en dispersant les manifestations non autorisées. Cette loi prive le régime de l’appui des forces révolutionnaires qui l’ont soutenu au départ », insiste Al-Chami.

« Ce verdict montre la nécessité de réformer l’appareil sécuritaire dans le respect des droits de l’homme », commente, de son côté, Hussein Abdel-Razeq, cadre du parti du gauche du Rassemblement.

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