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Des pourparlers sur fond d’escalade

Amira Samir, Lundi, 15 juin 2015

Alors que les pourparlers de paix commencent à Genève, les parties belligérantes cherchent à marquer des points sur le terrain.

Des pourparlers sur fond d’escalade
Les Houthis gagnent du terrain au Yémen. (Photos : AP)

Les pourparlers de paix ont commencé, alors que la situation reste très instable sur le terrain. Les rebelles houthis, d’une part, et la coalition arabe menée par Riyad, d’autre part, continuent de se faire la guerre. Une guerre de plus en plus sévère. D’un côté, la coalition arabe intensifie ses raids contre les Houthis, et d’un autre, ces derniers poursui­vent les combats sur terrain. Chaque partie cherche à gagner du terrain avant la tenue des négociations de Genève.

En fait, le conflit a connu ces derniers jours une nette escalade. Les Houthis ont conquis de nouveaux territoires au Yémen. Dimanche dernier, la ville d’Al-Hazm, principale ville de la province de Jawf, dans le nord, près de la frontière saoudienne, vient de tomber dans leurs mains. Des habitants et des sources parmi les combattants locaux affirment que les Houthis n’ont pas rencontré de résistance. A Taëz, troisième ville du Yémen, dans le sud-ouest, des habitants ont accusé les Houthis et leurs alliés d’avoir pilonné dimanche soir des zones résidentielles avec des chars de combat et des pièces d’artillerie. « Les milices houthis veulent annoncer, à la communauté internationale, que la guerre n’est pas terminée et qu’ils sont prêts à résis­ter et à poursuivre les combats. En effet, la politique des Houthis montre qu’ils refusent le règlement politique et la trêve humani­taire », indique Ahmad Eléwa, chercheur spé­cialiste du Yémen au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

En contrepartie, lundi, à quelques heures de l’ouverture de pourparlers de paix, les avions de la coalition arabe sous commandement saoudien ont bombardé plusieurs sites mili­taires et positions tenus par les Houthis dans le nord et le sud du Yémen. Les raids ont visé des dépôts de missiles contrôlés par la rébel­lion Houthis sur la colline de Fajj Attan qui surplombe la capitale yéménite, Sanaa. D’autres raids ont visé des concentrations rebelles dans la province d’Amrane, plus au nord, et dans celles de Hajja et de Saada, près de la frontière saoudienne. Mais, les intenses bombardements de la coalition ne parviennent pas, jusqu'à présent, à freiner l’avancée des Houthis. « Les bombardements de la coalition arabe ont certes affaibli les capacités mili­taires des rebelles houthis, mais sans les faire plier », explique Ahmad Eléwa.

Du côté humanitaire, la guerre a déjà causé la mort de plus de 2 500 personnes, et fait plus de 11 000 blessés et 545 000 déplacés à tra­vers le pays. L’Organisation mondiale de la santé dresse un bilan dramatique de la situa­tion au Yémen. 16 millions de personnes n’ont pas accès à l’eau potable, et le pays est en proie à une pénurie de médicaments et de matériel médical.

Les humanitaires sont pris entre le feu des belligérants et ne peuvent presque plus se déplacer pour secourir victimes et réfugiés. Hassan Boucenine de Médecins Sans Frontières (MSF) dit n’avoir jamais vu pareil drame, en 20 ans d’humanitaire. Selon les ONG, 80 % de la population du Yémen est affectée par la guerre. « Le conflit touche 20 millions de personnes au Yémen. Les Yéménites font partie de ceux qui ont le plus besoin d’aide humanitaire au monde », sou­ligne un texte signé entre autres, par les ONG Action Contre la Faim (ACF), Care, Oxfam et Save the Children.

A l’ouverture, lundi, des négociations de paix à Genève, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, a appelé à une trêve humani­taire de deux semaines au Yémen.

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