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Mali : Intervention sous conditions

Sabah Sabet avec agences, Lundi, 24 décembre 2012

L’Onu a autorisé cette semaine le déploiement d’une force internationale au nord du pays, mais sous certaines conditions ce qui pourraient retarder ce processus.

RD Congo
Le conseil de sécurité a décidé que la force internationale soit déployée au Nord du Mali par étapes.

Le Conseil de sécurité de l’Onu a donné cette semaine le feu vert à l’envoi d’une force armée internationale pour chasser les islamistes du nord du pays, en dépit de conditions qui ne devraient pas rendre possible son déploiement avant des mois.

Selon le texte, le déploiement de cette force approuvé jeudi dernier sera fait par étapes et sans fixer de calendrier précis, tout en insistant sur la nécessité de dialoguer avec les groupes armés du Nord qui rejettent le terrorisme et la partition du pays. Au Mali, l’impatience montait ces dernières semaines devant les tergiversations de la communauté internationale sur l’envoi de cette force qui sera composée et commandée par des Africains et appuyée par les Occidentaux. C’est ainsi qu’une majorité de Maliens étaient soulagés par cette décision. « Nous sommes reconnaissants à la communauté internationale. Un consensus s’est dégagé sur la situation malienne », s’est réjoui un conseiller du président malien par intérim, Dioncounda Traoré, saluant « un jour important ».

« C’est une excellente nouvelle. Ce vote marque la volonté de la communauté internationale de ne pas abandonner le Mali à son sort », s’est félicité Mustapha Cissé, membre du Front pour la Démocratie et la République (FDR), formé après le coup d’Etat du 22 mars dernier contre le président Amadou Toumani Touré, mené par des officiers putschistes, qui a précipité la chute du Nord aux mains de groupes islamistes armés.

Menés par le capitaine Amadou Haya Sanogo, ces officiers se sont toujours montrés hostiles à la participation de combattants étrangers à une opération de libération du Nord, totalement occupé depuis six mois par des groupes islamistes armés, dont Al-Qaëda au Maghreb islamique (Aqmi).

Sans surprise, la Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam) favorable aux putschistes, a réitéré son opposition à l’envoi de cette force. « Le Mali doit prendre son destin en main et trouver lui-même la solution », a déclaré Oumar Coulibaly, membre d’une branche de la Copam.

Si le feu vert au déploiement des 3 300 soldats de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (Misma), que réclamaient l’Union Africaine (UA) et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), marque une étape importante dans le processus de reconquête du Nord, il reste toutefois assorti de conditions qui pourraient retarder son déploiement.

La résolution 2 085, adoptée à l’unanimité, appelle d’abord les autorités de transition à Bamako à rétablir l’ordre constitutionnel et à organiser des élections avant avril 2013. Elle les invite aussi à engager des négociations « crédibles » avec les groupes présents dans le Nord, essentiellement les touareg.

Lors d’une rencontre avec le ministre malien des Affaires étrangères, vendredi, le secrétaire général des Nations-Unies, Ban Ki-moon, a pressé le gouvernement par intérim du Mali d’organiser « des élections libres, justes et transparentes dès que possible ».

Sur le plan militaire, la remise en marche de l’armée malienne, ébranlée par le coup d’Etat du 22 mars et humiliée par sa défaite face aux islamistes armés, sera également nécessaire, repoussant une éventuelle offensive à l’automne 2013.

Et ce n’est que lorsqu’il s’estimera « satisfait » de l’état de préparation de la Misma que le Conseil permettra son déploiement.

Sur tous ces points, l’Onu demande à l’UA de lui présenter un rapport tous les soixante jours sur les progrès accomplis.

Crainte des ONG

En outre, et dans la perspective d’une offensive armée, les ONG et organisations de défense des droits de l’homme ont appelé l’Onu et la communauté internationale à prendre en compte les éventuelles conséquences humanitaires et les droits de l’homme. « Nous craignons que l’intensification des violences n’affecte les populations civiles, augmentant les besoins humanitaires et accentuant les déplacements de population », met en garde un collectif de dix ONG internationales présentes au Mali.

Le vote à l’Onu intervient alors que des groupes armés du nord du Mali ont annoncé vendredi à Alger leur engagement à cesser les hostilités et négocier avec les autorités maliennes. Les représentants d’Ansar Dine et de la rébellion touareg du Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA) ont convenu de « s’abstenir de toute action susceptible d’engendrer des situations de confrontation et toute forme d’hostilité dans les zones qui sont sous leur contrôle, et tout mettre en oeuvre pour y faire respecter cet engagement », selon une déclaration lue lors d’une conférence de presse organisée à l’issue d’une réunion sous l’égide de l’Algérie. Les deux groupes se sont également engagés à agir de manière à permettre la libération de toute personne se trouvant en état de captivité ou d’otage dans la zone affectée.

Dix Européens, dont sept Français, et au moins trois otages algériens sont détenus dans cette région par d’autres groupes islamistes, Al-Qaëda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao).

Le MNLA et Ansar Dine ont aussi convenu de conjuguer leurs positions et actions dans le cadre de toute démarche visant la recherche d’une situation pacifique et durable avec les autorités de transition maliennes, avec les garanties des parties concernées. Ils veulent enfin sécuriser les zones sous leur autorité à travers la mise en place de forces de sécurité composées des éléments de leurs groupes respectifs. Ces derniers ont dénoncé la résolution du Conseil de sécurité de l’Onu autorisant une intervention internationale au Mali. « Nous dénonçons cette décision. Nous avons toujours dénoncé l’intervention militaire et nous avons dit que ce n’est pas la solution », a affirmé le représentant d’Ansar Dine, Mohamed Ag Akharib.

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