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Mohamad Fahd Al-Harthi : Il ne s’agit pas seulement d’assurances, mais surtout de transparence

Osman Fekri, Mardi, 12 mai 2015

Mohamad Fahd Al-Harthi, politologue et rédacteur en chef du journal saoudien Arab News, estime que le sommet de Camp David va retracer les grandes lignes des futures relations entre Washington et le Golfe.

Mohamad Fahd Al-Harthi
Mohamad Fahd Al-Harthi, politologue et rédacteur en chef du journal saoudien Arab News.

Al-Ahram Hebdo : Quel est l’objectif der­rière l’invitation des dirigeants des pays du Golfe à un sommet à Camp David ?

Mohamad Al-Harthi : L’objectif est de rétablir la confiance entre les deux parties, d’autant que la position améri­caine n’était pas claire vis-à-vis des grands dos­siers régionaux, notam­ment la crise syrienne et le dossier iraqien. Dans ces cas comme dans d’autres, la politique américaine soulève beaucoup d’interroga­tions. L’importance de ce sommet réside dans son objectif de définir les grandes lignes des relations stra­tégiques entre les Etats-Unis et leurs hôtes.

— L’objectif du sommet est-il de consolider l’ac­cord nucléaire iranien ?

— Les pays du Golfe ont à maintes reprises dit qu’ils souhaitaient voir une région exempte d’armes de des­truction massive. Une chose est sûre, l’inquiétude s’empare de toute la région quant aux tendances ira­niennes, même si le communiqué du sommet du Golfe a mis l’accent sur l’aspect pacifique du programme nucléaire iranien.

— A votre avis, quelle sera l’influence de l’accord nucléaire américano-iranien sur les pays du Golfe qui l’appréhendent déjà ?

— Les craintes ne se limitent ni au nucléaire iranien, ni à un éventuel accord. Il ne faut pas oublier l’expan­sion de l’influence iranienne dans la région, l’ingé­rence de l’Iran dans les affaires internes de plusieurs pays et son soutien apporté aux milices rebelles dans le voisinage. Les sujets épineux sont nombreux dont, sans nul doute, le dossier nucléaire. Certainement, les pays du Golfe ont leurs craintes et suspicions après ce tournant important dans les relations politiques entre Washington et Téhéran. En réalité, les six pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) réalisent bien que toute amélioration dans les relations entre Washington et Téhéran aura pour résultat la stabilité et la sécurité de la région. Cela dit, ils émettent des réserves en ce qui concerne le carac­tère « ad hoc » des négocia­tions et les concessions que les Etats-Unis pourraient accorder à l’Iran. Ajoutons à cela qu’une fois le fardeau des sanctions internationales levé, l’Iran sera plus en mesure d’accroître son influence régionale et son ingé­rence dans les affaires internes de ses voisins. Disons que ce rapprochement entre Washington et Téhéran intervient dans un contexte de manque de confiance entre le Golfe et les Etats-Unis, avec en arrière plan la guerre en Syrie. Mais l’Iran est un acteur incontour­nable si l’on veut parvenir à une solution au conflit syrien. Ainsi, il est indispensable que les pays du Golfe soient impliqués dans tout accord avec l’Iran.

— Selon vous, les Etats-Unis pourront-ils rassu­rer les pays du Golfe lors de ce sommet ?

— Il ne s’agit pas uniquement d’assurances, mais surtout de transparence. Il faut une stratégie claire et déterminée pour mettre un terme à l’instabilité régio­nale. Pour ce qui concerne les pays du Golfe, ils doi­vent être conscients de l’évolution de la politique américaine à l’égard du Moyen-Orient. Déjà, ils ont commencé à s’ouvrir à d’autres grandes puissances mondiales afin d’équilibrer leurs alliances.

Les grandes étapes de la coopération sécuritaire

1980 : La « Doctrine Carter ». Elle appartient à l’ex-président américain, Jimmy Carter, et consi­dère que la région du Golfe « per­sique » est menacée par l’Union soviétique et que toute attaque pour contrôler le Golfe va être considérée comme une attaque contre les Etats-Unis.

1995 : Le centre de commande­ment de la cinquième flotte améri­caine de l’océan indien est sta­tionné à Bahreïn.

2002 : Le président américain, George Bush junior, déclare le Bahreïn comme un allié majeur.

2004 : L’initiative de coopéra­tion d’Istanbul est lancée, il s’agit d’une coopération sécuritaire entre l’Otan et les pays du Golfe. L’Arabie saoudite et le sultanat d’Oman ne sont pas impliqués dans cette initiative.

2003 : Le centre d’opérations aériennes du Commandement Central américain du Moyen-Orient quitte l’Arabie saoudite et se stationne au Qatar.

2008 : Les Etats-Unis et le Koweït signent un accord de vente d’armes à hauteur de 328 milliards de dollars.

2009 : Le président Bush junior visite les Emirats, une première visite d’un président américain à ce pays.

2010 : Accord de vente d’avions américains de combat et d’hélicop­tères à l’Arabie saoudite, le plus gros contrat d’armement conclu avec Washington.

2013 : Renouvellement d’un accord de coopération militaire entre les Etats-Unis et le Qatar.

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