L’inquiétude prévalait chez les économistes locaux et étrangers dès les premières frappes aériennes de l’opération militaire «
Tempête décisive » menée par l’Arabie saoudite contre les rebelles chiites houthis.
La Bourse Wall Street à New York, symbole international du capitalisme, a souffert de turbulences. « La Bourse continue à être sous pression et baisse franchement face à une escalade de la crise au Yémen qui plombe le sentiment économique à travers le monde », notent les experts de la maison de courtage Charles Schwab dont le siège est à San Francisco. La sécurité se maintiendra-t-elle dans la région notamment dans les pays du Golfe, réputés pour être un endroit sûr pour les investisseurs ?
Suite aux événements du Yémen, les marchés financiers de certains pays, notamment ceux du Golfe et d’Afrique du Nord, ont été touchés et ont clôturé sur des baisses de pas moins de 2 %. Dès le premier jour des frappes, la Bourse koweïtienne clôturait sur une baisse de 2,42 %, et la Bourse d’Egypte, pays qui participe aux opérations militaires, perdait quant à elle 1,59 %. « Toute la région du Moyen-Orient est à considérer, surtout les pays du Golfe, qui sont principalement inquiets de l’impact des opérations militaires sur l’approvisionnement pétrolier. D’où la hausse des cours de 5 % ces derniers jours. Mais tout dépend du développement de l’opération militaire et sa durée », explique Hussein Soliman, chercheur en économie au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.
Si les opérations militaires devaient se prolonger, cela pourrait avoir un impact négatif sur le prix du baril et sur l'état des réserves dans le contexte actuel de forte baisse des cours du pétrole. La production pétrolière sera aussi affectée. « Evidemment, la hausse prévue des prix du pétrole touchera certains pays, notamment européens. Toutefois, elle sera positive pour les pays exportateurs de l’or noir comme ceux du Golfe, ou l’Iran et la Russie, qui ont été fortement touchés par la chute des prix en 2014. La majorité des entreprises étrangères investissant dans les pays du Golfe agissent dans le domaine du pétrole. Ainsi, la hausse des prix et la longue durée de la guerre seront de valeur pour elles », poursuit Soliman.
Enjeux géostratégiques
A ce jour, les affrontements au Yémen n’ont eu qu’un impact limité sur les cours du pétrole. Après avoir subi une légère hausse, le 26 mars, après le début de l’attaque contre le Yémen, ils sont repartis à la baisse le 27 mars. Car les cours du pétrole tiennent encore compte des enjeux géostratégiques, surtout les négociations des Etats-Unis avec l’Iran et les tensions des Américains avec la Russie.
A long terme, le conflit au Yémen et la possibilité de blocus du détroit stratégique de Bab Al-Mandab (séparant Djibouti et le Yémen) pourraient avoir plus d’impact. Une part significative du trafic maritime mondial dont plus de 3 millions de barils de brut par jour transitent dans ce détroit (lire page 4). « Je pense que ce scénario est peu probable. Le scénario envisageable est que la crise au Yémen sera réglée dans moins de deux mois. Ainsi, les cours devraient rester stables. Et l’économie régionale sera aussi stable », estime Fakhri Al-Fiqi, professeur d’économie à l’Université du Caire. Donc, pas d’impacts négatifs sur les pays exportateurs de pétrole, mais selon Hussein Soliman, un pays comme les Emirats arabes unis, qui a une économie variée, pas seulement dépendante du pétrole, et qui accueille suffisamment d’investissements étrangers dans différents domaines, peut être affecté.
Sur le plan local, le Yémen est autant touché par les opérations actuelles que par d’anciens affrontements internes avec les Houthis et Al-Qaëda. L’économie yéménite est fortement dépendante du pétrole. Le secteur pétrolier représente 90 % des recettes d’exportation et 65% des recettes budgétaires de l’Etat en 2012. Cependant, les revenus pétroliers, chiffrés à 1,673 milliard de dollars en 2014, ont baissé d’environ 37 % en un an (2,662 milliards de dollars en 2013). Et depuis 2010, l’économie du pays a aussi été touchée par des baisses de production. « La hausse des cours n’a rien à voir avec le risque d’une baisse de production du Yémen parce que ce pays n’a pas de grande importance comme producteur de pétrole (100 000 barils par jour). Mais le fait que l’Arabie saoudite, principal exportateur de pétrole dans le monde, est entrée en guerre, et la position stratégique géographique du Yémen peuvent être une raison », indique Hussein Soliman.
En effet, le Yémen est un pays très pauvre malgré ses richesses naturelles variées (pétrole, agriculture et pêche). Selon l’Onu, le nombre de personnes vivant en deçà du seuil de pauvreté dépasse les 54,5 % de la population en 2012. 61 % des enfants yéménites souffrent de malnutrition et 45 % de la population se trouvent en situation d’insécurité alimentaire. Et selon le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale, le taux de chômage y est de 40 %. Toutefois, le FMI a annoncé la suspension, pour une durée indéterminée, de son plan d’aide au Yémen en raison des nombreuses incertitudes liées à la crise grandissante dans le pays. « L’économie yéménite est très faible. La sévérité et la durée des opérations militaires auront, sans doute, des impacts catastrophiques sur le plan humanitaire au Yémen », conclut Soliman.
Lien court: