Al-Ahram Hebdo,Société |  Sarah devient un cadeau
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 Semaine du 16 au 22 avril 2008, numéro 710

 

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Société

Parcours. Affligée par la mort de sa fille à la suite d’un cancer du cerveau, Nadine a transformé son chagrin en énergie positive. Au lieu de broyer du noir, elle aide les familles confrontées à cette dure expérience.

 Sarah devient un cadeau

« Je suis venue ici affligée par la mort de ma fille, j’avais besoin que l’on m’aide, mais j’ai réalisé que le meilleur remède pour une âme aussi meurtrie que la mienne était d’aider les autres », dit Nadine. Ce dont elle parle ici, c’est l’hôpital des enfants cancéreux 57357. Cela fait un an qu’elle s’y consacre corps et âme en aidant les enfants atteints du cancer et leurs parents à s’adapter à cette maladie impitoyable. Pour la remercier, les enfants malades, leurs parents et toute l’équipe médicale de l’hôpital se sont rassemblés pour honorer Nadine Abdel-Hamid, la maman idéale de cette année.

« Ma peine est indescriptible. Perdre son enfant est la pire des choses qui peut arriver à une maman. Et pourquoi ne pas profiter de cette expérience pour aider les autres ? ».

Nadine a décidé alors de se consacrer aux malades atteints du cancer. Chaque mercredi, elle se rend à l’hôpital pour rencontrer les parents, entendre leurs questions, organiser des classes, trouver des solutions à leurs problèmes ou rester avec les enfants malades et leur donner du courage. Elle se rappelle comment elle était perdue et démunie lorsqu’elle a appris la maladie de sa fille de 3 ans, atteinte d’un cancer du cerveau. Tout a commencé vers la fin de l’année 2002, lorsque Sarah a pris un coup de froid. C’était au moment de la prière annonçant la fête du grand Baïram qu’une simple grippe accompagnée de vomissements a bouleversé la vie de cette maman qui venait juste de divorcer. Lorsque le pédiatre lui a demandé une IRM (Image par Résonance Magnétique), Nadine s’est inquiétée, mais elle n’a pas pensé au pire. « Un cancer avait attaqué le cerveau de ma petite fille et sans explications scientifiques. Personne dans la famille n’avait contracté cette maladie et elle n’a jamais été exposée à des matières cancérigènes ou ingurgité des aliments pollués. Et donc, aucune raison logique qui aurait pu provoquer ce cancer, c’est juste la volonté de Dieu », dit la jeune maman qui, malgré le choc, pensait que sa petite allait se remettre et qu’ensemble elles allaient surmonter ce cauchemar. Au début, la maman ne comprenait pas grand-chose à la maladie. Elle n’admettait pas surtout qu’elle puisse s’attaquer à des petits enfants.

Selon Nadine, l’hôpital déploie un effort considérable pour aider les malades, mais elle, elle peut ajouter un petit plus. Elle a eu l’occasion de constater que la plupart des gens qui fréquentent cet hôpital sont pauvres et manquent de connaissances en matière d’hygiène. « Parfois, on ne comprend pas l’importance de porter des vêtements ou sous-vêtements propres. Le manque de propreté peut entraîner des infections graves. Certaines bactéries peuvent causer des dégâts importants car il ne faut pas oublier qu’un malade atteint de cancer est plus fragile et manque d’immunité ».

Du Caire au Canada

Elle sait de quoi elle parle. Elle a commencé sa lutte contre le cancer en 2002. Nadine a dû réfléchir durant deux semaines avant de faire subir à sa fille une intervention chirurgicale et la faire transporter au Canada pour continuer le traitement. « Je pense que le Bon Dieu m’a donné une force extraordinaire pour que je ne sois pas très consciente de ce qui se passait. Il faut mieux ne pas chercher à trop comprendre cette maladie », dit-elle en se rappelant que depuis le premier jour de la crise jusqu’au décès de sa fille, Nadine ne réfléchissait pas au cancer, pas même à la guérison car elle était sûre qu’elle allait arriver un jour. Elle était plutôt braquée sur une chose, rendre la vie plus facile à son enfant en l’aidant à s’adapter à la maladie, et surtout alléger les souffrances qui parcouraient son petit corps, à travers les choses qu’elle a assimilées durant les classes au Canada tout en s’aidant de son expérience personnelle. « J’ai compris toutes les étapes de la maladie, alors j’explique aux parents quel est le comportement à suivre pour qu’eux-mêmes et les enfants puissent mener une vie normale le plutôt possible ».

Nadine n’a pas perdu son temps au Canada. Elle a rejoint les classes organisées créées pour aider les parents célibataires à s’adapter à cette étape difficile que traversent leurs enfants. Quelques mois lui ont suffi pour comprendre tout sur cette maladie, son traitement, ses symptômes et bien sûr l’état psychique du malade et des parents. C’est ainsi que sa fille Sarah comprenait très bien sa maladie, elle n’avait pas de problème à expliquer son cas aux étrangers qui jetaient de temps à autre vers elle des regards insistants. « J’ai un cancer du cerveau et cette cicatrice, c’est la trace de l’opération. J’ai perdu mes cheveux à cause de la chimiothérapie, mais ils vont repousser et ma mère va m’acheter beaucoup d’élastiques ». Et c’est dans ce cadre de soutien moral et psychologique que Nadine a commencé à présenter son aide aux autres, surtout en voyant que l’état de Sarah s’améliorait de jour en jour. Seule à l’étranger, elle a considéré les gens de l’hôpital comme sa propre famille. Elle voulait aider, donner et déployer des efforts pour apaiser ne serait-ce qu’un petit peu les souffrances d’un enfant.

Mais quelque temps après, il lui fallait aussi apprendre à affronter la mort.

Après dix mois, et à la suite des dernières analyses, le médecin responsable qui suivait le cas de Sarah lui a affirmé que le corps de sa fille était complètement débarrassé de la maladie et que ses cellules n’étaient plus atteintes du cancer. Mais il fallait par mesure de précaution continuer la chimiothérapie encore deux mois. « Je n’avais plus aucun doute, ma fille était guérie. Elle ne se rendait à l’hôpital que pour faire sa séance, et on s’apprêtait à rentrer au Caire, retrouver tout ce qu’on avait raté et oublier cette dure épreuve », relate Nadine, qui ajoute que le destin n’a jamais cessé de la surprendre. Un soir, Sarah a été prise par une forte fièvre et Nadine a dû la transporter à l’hôpital. Une dizaine de médecins et d’infirmières se sont affairés autour de Sarah et Nadine ne comprenait pas ce qui se passait. Il y avait à côté d’elle l’infirmière de « Before Death » (avant la mort). Cette dernière avait pour tâche de lui faire comprendre que l’espoir était très faible et qu’elle devait s’attendre au pire et à n’importe quel moment. La maman, qui voyait la détérioration rapide de la santé de sa fille, refusait de croire que c’était la fin. Elle l’a prise dans ses bras, lui parlait comme si la petite l’entendait et lui expliquait qu’elles allaient faire ensemble le voyage et rentrer en Egypte. Elle n’a cessé de lui parler que lorsqu’elle a entendu son dernier soupir au même moment de la prière de l’aube qui annonçait de nouveau la fête.

Un an après, on la remercie

D’une fête à l’autre, un an exactement s’est écoulé entre le début de la maladie de Sarah et son décès. « Ce sont les enfants qui doivent enterrer leurs parents et non pas le contraire, n’est-ce pas ça la règle ? », Nadine est restée longtemps à se poser cette question. Mais connue par son esprit combatif, cette jeune maman ne s’est pas laissée baigner par le chagrin.

Parents et petits malades apprécient grandement sa présence, bien qu’elle ne puisse se rendre à l’hôpital qu’une fois par semaine. « Ce serait très difficile pour moi de les voir plus souvent. Je mets du temps pour m’en remettre le reste de la semaine », dit Nadine. Cette dernière n’a pas oublié sa fille ; au contraire, elle la revoit à travers le visage de chaque enfant de son âge. Elle a installé ses photos partout autour d’elle et Sarah est gravée à jamais dans sa mémoire. Elle a même l’intention de créer une poupée qui portera le nom de sa fille pour l’offrir aux enfants malades. Ces derniers pourraient pratiquer sur elle tous les traitements par lesquels ils sont passés. D’après Nadine, c’est la meilleure manière d’alléger les souffrances morales des enfants. Jouer avec une poupée malade comme eux, lui donner les médicaments, parler avec elle. « Ce sera mon cadeau pour tous les enfants malades ».

Hanaa  Al-Mekkawi

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