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Fêtes . La fin de l’année est pour les commerçants synonyme de gains alléchants. Qu’ils soient fleuristes, marchands de jouets ou restaurateurs, ils doivent rivaliser d’imagination pour attirer les chalands et surtout inciter à la dépense. Tournée.

La manne du père Noël

Les magasins du Caire sont illuminés et décorés de multiples manières, et malgré le froid de l’hiver, la perspective d’une soirée de lèche-vitrines en a séduit plus d’un. Car même si Noël est avant tout une fête chrétienne, l’ensemble des Egyptiens et en particulier les commerçants l’accueillent avec enthousiasme. Car c’est le moment ou jamais pour eux de doubler, voire tripler leur chiffre d’affaires. Sur la place Salaheddine, à Héliopolis, le fleuriste le plus réputé du quartier étale ses sapins, grands, petits, ou nains, sur le trottoir. Sa boutique se situe dans un endroit stratégique : un angle qui donne sur trois rues. « Le sapin est le symbole de Noël. Il a une place importante dans les maisons, les magasins, les écoles et les hôtels, il est partout. Je tiens à vendre de vrais sapins égyptiens. Ils ne sont pas aussi beaux que ceux du Liban, mais au moins ils ne sont pas artificiels », explique-t-il. Une opinion partagée par les autres fleuristes. Car en vendant des sapins artificiels, ils savent qu’ils feront moins de bénéfices à long terme, le sapin artificiel pouvant se conserver plusieurs années. De plus, la majorité des clients préfèrent les vrais sapins même s’ils sont plus chers. Cette année, le sapin de taille moyenne coûte environ 40 L.E. Ce prix augmente suivant la hauteur et la largeur de l’arbre. Le prix des plus grands, atteint parfois 100 L.E. lorsqu’ils sont importés. « Quand je vivais chez mes parents, j’avais cette habitude d’acheter un vrai sapin de Noël et de le décorer. Après mon mariage, j’ai essayé de conserver cette habitude pour faire plaisir à mes enfants. Malheureusement, mon budget limité et la hausse des prix des sapins m’ont forcée à acheter un sapin artificiel que je décore la veille de Noël et que je range pour l’année d’après », explique Safy qui a ainsi résolu son problème financier sans se priver d’un sapin. Cependant, cette jeune mère ne cache pas sa préférence pour les vrais sapins. Elle envie sa sœur et sa mère qui ont tenu à conserver la pure tradition de Noël. « Le sapin naturel sent la vie. L’odeur qu’il dégage, sa couleur verdoyante et ses branches sont un tableau resplendissant. Même s’il est un peu cher, on peut se l’offrir une fois par an ou en choisir un plus petit moins coûteux », rétorque Amira, la sœur de Safy.

Selon Ahmad, les fleuristes ne sont pas à l’origine de la hausse ou de la baisse du prix des sapins. Le phénomène vient des grossistes et de leurs intermédiaires. Mais le marché des sapins reste pour lui une véritable énigme. « Ils sont livrés aux fleuristes par des intermédiaires qui les achètent aux grossistes. Ces derniers les obtiennent aussi par des intermédiaires qui sont en contact direct avec les cultivateurs dont on ignore l’adresse et le nom », explique-t-il. Avec son assistant, il lui arrive de rentrer chez lui au petit matin. En cette période de fin d’année, il passe les nuits dehors pour surveiller ses sapins sur le trottoir, prendre ou livrer les commandes parfois très tardives. Tous les fleuristes de la capitale profitent de l’occasion pour vendre le plus de sapins possible et de « bint al-qonsol », cette plante aux belles fleurs rouges vendue dans des pots, enveloppée dans du papier cellophane.


Embarras du choix

Pour embellir un sapin, c’est l’embarras du choix. De plus en plus de magasins vendent des décorations de toutes sortes pour Noël. Cette année, les nouveautés Made in China sont nombreuses : lampes, guirlandes, masques, boules et étoiles ont envahi les rues du quartier Moski, un quartier commercial du centre-ville, principal fournisseur des commerçants du Caire. Kimo, le propriétaire d’un magasin situé non loin du fleuriste d’Héliopololis, a compris depuis longtemps que ce commerce était juteux. Dès le mois de novembre, il remplit ses étalages de toutes sortes d’objets d’ornements de sapin. Le problème c’est qu’il est un peu plus cher qu’ailleurs. « Le prix des guirlandes a augmenté. On peut trouver à moins cher mais de moins bonne qualité ou démodé », souligne Kimo. Il ajoute que ses deux grosses périodes de vente sont le Ramadan, avec le fanous, et Noël pour les objets décoratifs. Kimo confie avoir remarqué ces dernières années l’importance accrue accordée à Noël. C’est pourquoi il a décidé de multiplier les articles proposés à la vente pour s’assurer que son client ne sortira pas bredouille de chez lui. « Les gens se plaignent souvent de la hausse des prix et restreignent donc leurs achats. Mais souvent la tentation est trop forte et ils ne peuvent pas résister au plaisir de voir les belles couleurs des lampions qu’ils finissent par acheter », affirme-t-il. Son magasin grouillant de monde au mois de décembre se transforme le restant de l’année en boutique à jouets moins bruyante.

Le sapin garni, il ne manque plus que le père Noël. Ses cadeaux, très attendus par les plus petits, sont cette fois l’occasion pour les magasins de jouets d’améliorer leurs ventes. Cette année, les petites filles ont en majorité opté pour la poupée Barbie ; et tous ses accessoires. Ceux qui la trouvent trop chère peuvent opter pour sa concurrente arabe, Folla, également accompagnée de tout son attirail. Fabriquée elle aussi en Chine, elle répond cependant à des critères orientaux et ne porte par exemple jamais de maillot de bain. Chez les garçons, la mode est au B-blade, ou plus simplement à la toupie. « Les enfants sont de bons clients. Les parents résistent mal à leurs demandes », explique Galal, directeur d’une chaîne de magasins de jouets, en se frottant les mains. Il ajoute qu’à Noël, les cadeaux sont aussi offerts par les grands-parents, tantes, oncles, amis et parfois même voisins. Cette année, Galal propose même d’envoyer le père Noël à domicile à condition d’acheter pour au moins 100 L.E. de jouets. Le jour convenu, un employé du magasin déguisé en père Noël se rend chez le client. Les enfants épatés et surpris ne se rendront pas compte qu’au moment de les quitter, ce père Noël touchera un pourboire. Plusieurs sociétés de déguisement ont flairé le filon et proposent, à leur tour, un père Noël à domicile. « Le service est moins coûteux, puisqu’il n’y a pas de prix minimum pour les jouets et puis on paye le père Noël à l’heure », confie Adel Hamza, directeur d’une banque.

Les adultes font aussi partie de la fête. C’est pourquoi les magasins accentuent leur publicité sur certains articles tels que les montres, les parfums, les bijoux, et même l’électroménager. Sans compter les dîners composés de saumon, caviar, truffe et marrons glacés dans les grands hôtels. « C’est un événement qu’on attend avec impatience, pour attirer et satisfaire nos clients qui payent généralement cher un dîner de Noël ou du jour de l’an », affirme un responsable de la restauration dans un grand hôtel. « Ces festivités sont différentes des autres, car c’est la seule période de l’année où musulmans et chrétiens sont réunis pour une célébration. Pour les Egyptiens, les réveillons de Noël et du jour de l’an sont très importants », précise le responsable.
Autant d’efforts déployés que les clients apprécient. Et puis, en définitive, comme le dit Khaled, un amateur de bonne table, « peu importe la dépense, c’est surtout l’ambiance qui compte ».

Hanaa Al-Mekkawi
 

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