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Développement . Coordinateur résident des Nations-Unies en Egypte et directeur du PNUD, Antonio Vigilante parle du développement humain et des obstacles auxquels se heurte l’application de ses projets en Egypte.
« Les gens doivent apprendre à repenser et réévaluer leurs traditions »

Al-Ahram Hebdo : Quels sont les principaux champs d’action du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) en Egypte ?

Antonio Vigilante : Nous avons des plans qui comprennent une série de programmes. Chaque plan s’étend sur quatre ou cinq ans. Pour le moment, nous sommes au milieu du plan 2002-2006. Nous discutons avec le gouvernement des priorités du développement des prochaines années en Egypte. Le PNUD tente d’effectuer des projets qui sont le fruit de politiques bien réfléchies. Nous ne possédons pas forcément les ressources qui nous permettent de lancer des projets qui auront un impact sur la masse de la population, mais ce qui nous importe c’est de pouvoir créer des projets qui aident à régler les problèmes liés à la pauvreté, l’environnement, la gouvernance et l’amélioration des capacités du citoyen. Une fois d’accord avec le gouvernement sur l’importance d’un projet, nous essayons de l’intégrer dans le plan national de l’Etat. Bien sûr, il y a des domaines qui sont prioritaires pour nous tels que l’allégement de la pauvreté. Et dans ce contexte, nous avons un programme nouveau et très réussi qui s’appelle Misr et qui cible les 58 municipalités les plus pauvres. Et ce, en finançant des petits projets qui pourront être exécutés par des familles pauvres tout en leur fournissant le conseil et l’assistance technique nécessaire pour la survie de leur projet. En parallèle, nous établissons un plan d’action anti-pauvreté qui aura pour but d’améliorer les conditions de vie des habitants de régions spécifiques telles que la Haute-Egypte. Enfin, nous travaillons aussi pour améliorer les capacités humaines et les droits de l’homme, et le rapport qu’ils ont avec le développement. Pour nous, les gens sont le centre de tout. Le développement économique est juste un besoin à satisfaire et non pas une fin en soi. Et si ce développement n’est pas apte à améliorer la qualité de vie des gens, il devient insignifiant.

— Comment faites-vous pour sensibiliser les gens ? Et quelle est la part de la femme dans ce plan ?

— Nous avons des projets étroitement liés à l’apprentissage et l’accès à l’information à travers l’usage de la technologie moderne. Et ce, en apprenant au plus grand nombre d’habitants à utiliser les ordinateurs, l’Internet, les cédéroms. Nous avons aussi des projets d’alphabétisation destinés notamment aux femmes. Nous donnons une importance primordiale à la femme. Et nous considérons que l’Egypte n’arrive encore pas à profiter de la moitié de sa population. Il est évident que la femme égyptienne n’est pas sur un pied d’égalité avec l’homme. C’est la raison pour laquelle nous venons de créer des projets qui visent à apprendre à la femme égyptienne qu’elle doit faire parvenir sa voix et défendre son droit de vote. Nous avons créé une sorte d’académie qui vise à améliorer les talents et connaissances des femmes qui désirent jouer un rôle sur la scène politique ou présenter leurs candidatures dans les prochaines élections en leur donnant accès à l’information et en développant leurs talents de leadership. Nous avons également un projet de lutte contre l’excision, que nous considérons comme une violation des droits de l’homme. Il est temps que les gens apprennent à repenser leurs traditions et à les réévaluer. Et finalement, nous avons un projet commun que nous effectuons en collaboration avec d’autres programmes de l’Onu en Egypte sur l’éducation des filles. Un projet qui pourra transformer le visage du développement dans le pays tout entier. Si nous pouvons convaincre 100 % des filles en Egypte de terminer non seulement leurs études primaires, mais aussi secondaires, nous changerons ainsi la culture de la famille égyptienne, en principe influencée par celle de la femme, de la mère.

— Sur le terrain, quels sont les principaux obstacles auxquels vous vous êtes heurtés ?

— Au niveau humain, nous sommes obligés de lutter contre une certaine passivité chez les gens et une résistance au changement. Les Egyptiens sacralisent la stabilité et se sentent plus sécurisés si les choses restent telles quelles. Ils voient dans tout changement une sorte de menace. Pour chan

ger cet état d’esprit, nous avons créé un projet qui s’appelle « Think Twice » (pensez deux fois) qui vise à accompagner tous nos programmes par une campagne médiatique et culturelle menée par des personnes-clés en lesquelles les Egyptiens ont confiance. A travers ces campagnes, nous leur proposons de repenser leurs idées sur des questions telles que l’excision, le statut de la femme, le travail des enfants, les enfants de la rue, etc.

Quant au niveau administratif et officiel, nous nous heurtons parfois à un excès de centralisme chez les parties qui coopèrent avec nous. Elles ont rarement l’habitude de déléguer. Les directeurs de projets par exemple n’osent pas donner libre cours à leurs idées et n’ont pas suffisamment la liberté d’agir vite, car ils sont enchaînés par ce centralisme et cette hiérarchie. L’Egypte est un pays de « micro-managers » et d’autorisations. Il faut toujours obtenir l’autorisation au préalable et non pas laisser les personnes agir et ensuite évaluer ce qu’ils ont fait.

— Vous travaillez de près avec le nouveau gouvernement, avez-vous senti un changement de vision ?

— La différence est claire au sein du gouvernement : l’ouverture d’esprit, l’orientation vers la réforme, le désir d’un changement accéléré. Je rencontre des personnes plus jeunes et plus enthousiastes. Dans mes dialogues avec le premier ministre et les ministres avec lesquels nous coopérons, je n’ai reçu que des signes prometteurs et ressenti que des impressions positives. Je suis très intéressé par le désir du nouveau gouvernement d’organiser des stages de formation sur le management destinés aux employés dans les postes-clés.

— Quels sont les critères de choix des thèmes abordés chaque année par le rapport annuel sur le développement humain lancé par le PNUD ?

— Le but de sa création, c’est d’établir une sorte de débat public autour d’une question liée au développement humain. Et en élaborant le rapport, nous prenons en considération plusieurs facteurs. Nous essayons d’impliquer des politiciens dans la préparation du rapport et la sélection du sujet. Nous sélectionnons des thèmes qui pourront être importants sur le long terme, en proposant des idées qui peuvent, si elles sont bien appliquées, changer le visage du pays dans les années qui viennent. Le choix des auteurs du rapport est aussi un facteur important. Une équipe qui comprend des personnes très qualifiées et très expertes dans leur domaine et surtout très crédibles et respectées. Ce qui est aussi très positif, c’est que le rapport commence à avoir une grande influence sur le gouvernement. Par exemple, suite au lancement du dernier rapport sur la centralisation, un programme a été créé et fondé par le gouvernement visant à lutter contre la pauvreté dont souffrent les habitants de 461 municipalités étudiées par le rapport, et une étude sur leurs chances de devenir plus décentralisées et indépendantes est en cours.

— Vous avez proposé pour thème du prochain rapport « l’Egypte de 2015 ». Pourquoi ce choix ?

— Nous avons eu l’idée qu’en proposant un sujet qui trace le visage du pays dans les 10 ans qui viennent, nous aidons ainsi les politiciens à envisager une stratégie et un plan d’action à long terme. Nous sommes convaincus, surtout avec l’arrivée du nouveau gouvernement, qu’il est temps de rétablir un nouveau contrat social entre la population et son gouvernement. Nous voulons proposer une série de choix et obtenir l’accord du peuple et du gouvernement sur ce choix. Si le rapport séduit, il pourra inspirer les politiciens et les stimuler à se servir de ses recommandations .

Propos recueillis par
Amira Doss

 
 

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