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La vie mondaine
Siwa. Oasis légendaire au cœur du désert libyque, à 750 km du Caire. Un site naturel et culturel exceptionnel, préservé grâce à la volonté des Siwis, les habitants d’origine berbère de la ville.
L’oasis aux mille merveilles
Le désert, rien que le désert. Du sable, aux couleurs changeantes, jaune, pourpre, orange, terre de sienne, suivant l’inclinaison du soleil. Des roches tantôt beiges, tantôt roses, parsemées d’une poudre noire. Le voyage est éprouvant, il fait déjà chaud, le mois d’avril annonce un été torride. Au loin apparaissent l’oasis de Siwa et ses milliers de palmiers. L’eau est présente partout dans la ville, par canaux, bassins ou petits étangs. L’air est doux, une petite brise rafraîchit le voyageur fatigué. Siwa prend alors des allures de paradis terrestre. Place du marché, au centre de la ville, les ruines de l’antique cité de Chali sautent aux yeux. Les Siwis voulant se protéger des tribus arabes ennemies ont construit sur la plus haute colline de Siwa, une forteresse en ruine, détruite par l’histoire et l’érosion. On parcourt les ruelles avec curiosité, cherchant d’éventuelles traces d’habitants. Aujourd’hui, les murs encore debout abritent quelques chèvres et servent d’écurie aux ânes. Au sommet de Chali se mesure l’étendue de l’oasis. Une immense palmeraie, un lac salé gigantesque, une mer de sable infinie … Siwa est extrême, splendide. Une porte vers l’Afrique, vers le désert absolu. Une ville pleine de richesses, de traditions, que l’on brûle de découvrir.


Berbères avant tout

Les Siwis savent mettre leur culture en avant. Le visiteur est accueilli avec chaleur et sincérité, sans jamais se sentir comme un simple touriste. Du marchand de souvenirs au petit conducteur d’âne, les Siwis qui gagnent leur pain du tourisme ont vite compris comment utiliser leurs richesses et les mettre à profit. Siwa se développe, convoitée par les tour-opérateurs et les baroudeurs en tout genre. Rien ne semble pourtant perturber le quotidien des habitants. Originaires d’Algérie, du Maroc et de la Libye voisine, les Siwis se sont installés dans l’oasis entre les VIe et XIIe siècles, la date exacte étant inconnue. La langue siwie, proche du berbère, reste la première langue parlée, l’arabe étant enseigné à l’école. Les enfants ont souvent le teint pâle et les yeux verts ou bleu clair, les cheveux châtains, dorés par le soleil. La majorité des femmes siwies sont voilées de la tête aux pieds avec des châles artisanaux bleu marine et orange. Quelques-unes sortent de chez elles et travaillent, ce qui était impensable il y a quelques années.
Mais la majorité continue de s’occuper essentiellement des tâches ménagères et ne sort jamais seule. Des silhouettes que l’on aperçoit sur les routes bordées de palmiers, sur les charrettes, sur le seuil des maisons. Quant aux hommes, ils ont souvent la peau sombre, brûlée par le désert et le travail dans les champs. Les Siwis vivent comme leurs ancêtres, même s’ils ont dû s’adapter à la vie moderne. Les nouvelles technologies se sont emparées des multiples boutiques du centre, où l’on trouve accès à Internet. Les voitures 4x4 côtoient les charrettes tirées par les ânes.
Même les petits promeneurs de touristes ont parfois un portable, qu’ils exhibent fièrement. La vie quotidienne traditionnelle n’est toutefois pas perturbée par le succès touristique de l’oasis. Peuple berbère de nomades sédentarisés, la culture siwie recèle de mystères et de sorcellerie*. La population se moque des mœurs extérieures. Le temps semble s’être arrêté à Siwa.


De la mer de sable aux piscines naturelles

A l’origine de l’essor de l’oasis, l’eau et les terres arables. Bougainvillées, clématites, oliviers, dattiers … La nature généreuse offre de nombreux produits d’excellente qualité, au grand plaisir des touristes. L’olive et la datte sont les principales richesses et sont connues à travers tout le pays. Difficile de résister aux étals de fruits et de légumes du centre-ville. Les multiples sources d’eau alimentent les cultures maraîchères et les jardins somptueux des hôtels de luxe, en grand nombre. On y découvre une autre Egypte, loin du Caire et du Delta du Nil. Un havre de paix, où le silence règne en maître.
Le paysage de l’oasis de Siwa est si divers qu’il est difficile de s’y repérer. Tantôt rocailleux, tantôt vert, il n’y a pas un seul site qui ressemble à l’autre. La grande mer de sable s’étend au sud de l’oasis, tel un petit Sahara. Une nouvelle activité s’y est développée avec l’arrivée des touristes. Armé d’une planche de surf en bois, on glisse sur les dunes, comme sur de la neige. L’absence de télésiège décourage vite et la méditation face à l’immensité du désert s’impose. En osmose avec soi-même, on oublie tout, on fait le vide. La chaleur invite à changer de décor. Le grand lac salé, à l’est, offre un autre visage, inattendu. Le mauvais drainage de l’eau a causé une accumulation de bassins à forte teneur saline. Aujourd’hui, on se balade sur les rives de cette petite mer morte, à vélo ou en âne. Le sel forme de grosses taches blanches au bord qui peuvent décourager de s’y baigner. Le paysage est époustouflant, l’eau balayée par une brise marine ponctuée de petits îlots de rochers et de sable. On ne sait plus où donner de la tête, et un bain d’eau fraîche est le bienvenu. La source d’Abou-Chrouf est située de l’autre côté du lac. C’est la plus importante et la plus claire de l’oasis. Les poissons y accueillent les plongeurs, armés de masques et de tubas. La douceur de l’eau donne du courage pour affronter le soleil et visiter les monuments historiques de Siwa.


Vestiges de l’Egypte antique
L’oasis recèle des trésors historiques. Sa situation géographique en a fait un carrefour de commerce important. Siwa était déjà habitée vers 2000 ans av. J.-C. Gabal Al-Mawta, la montagne des morts, au nord de la ville, témoigne de l’époque pharaonique. Les Siwis s’y sont réfugiés pendant la seconde guerre mondiale, évitant les bombardements alliés. Les villageois y ont découvert des tombeaux datant de l’Egypte ancienne et de l’époque ptolémaïque. Quelques corps momifiés selon la tradition égyptienne sont soigneusement conservés. La colline est trouée comme du gruyère, ayant servi de nécropole jusqu’à l’époque romaine. La tombe de Siamon est la plus célèbre, avec son plafond décoré d’étoiles et de vautours aux ailes déployées.
Siamon ne porte ni titre civil ni religieux, il se présente comme le fils de Periyou et de Neferetereth. Le nom de Siamon signifie fils d’Amon, un nom égyptien, comme celui de ses parents. Témoin d’un art mixte, le style des peintures est égyptien, mais les vêtements de certains personnages sont d’inspiration grecque. Des représentations symboliques d’une époque où les deux civilisations se côtoyaient.
Malheureusement, des pillards ont emporté les plus beaux trésors du site et alimenté le marché d’Alexandrie en vestiges archéologiques. Le temple d’Oum Obayda, à l’est, appelé temple de l’oracle, est un autre témoin de la XXVIe dynastie. Il remonte à l’époque du règne du roi Amasis. Une seule paroi subsiste, ornée de hiéroglyphes, représentant de nombreuses divinités. Selon la légende, Alexandre le Grand vint consulter l’oracle en 331 av. J.-C., et fut considéré comme le fils du dieu Zeus Amon. Il aurait fondé Alexandrie après la confirmation de sa descendance divine. Selon quelques archéologues, l’empereur serait enterré près de l’oasis. Personne n’en a encore trouvé la preuve. Siwa n’a pas encore dévoilé tous ses secrets .
Lorraine Fournier
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Une nuit dans le Désert blanc

« Baby Desert, Old Desert » … On passe par différents âges du Désert blanc avant d’arriver à celui qui nous intéresse. Parce qu’un désert, ça naît, ça vit, ça meurt. On est presque triste de voir ces rochers devenus tout plats et jaunâtres, comme de vieilles flaques informes. Pas de succès auprès des touristes, juste un passage rapide en 4X4. Le vrai Désert blanc nous attend, pour une nuit de rêve. Une couleur curieuse pour un désert ... Blanc, comme la neige. Des icebergs de toutes tailles, aux formes aléatoires, tantôt animales, tantôt végétales. On zigzague entre ses énormes rochers d’une blancheur éclatante. Un lapin, une baleine, un visage au nez crochu ... Chacun y voit ce qu’il veut. La matière est poreuse, du calcaire. On dirait de la craie. Vêtements noirs s’abstenir ! Au risque de porter de grosses traces de désert blanc. Alors tant pis, redevenu enfant, on s’assoit quand même sur ces curieux rochers, façonnés par le temps, sculptés par le vent. Le guide connaît bien son chemin, tant mieux, on se perdrait dans ce labyrinthe inquiétant. Le sable fin est doux sous la plante des pieds. On déambule au hasard, tel un naufragé, l’esprit vagabond. On se surprend à parler tout seul, comme pour se confier à ses étranges sculptures. Le soir tombe, les ombres grandissent, le silence se fait plus pesant. Le désert prend alors des allures d’océan. Le vent chatouille les oreilles, on entend presque le bruit des vagues ... Les rochers se transforment en coraux, vieux de plusieurs milliers d’années. Le crépitement des braises du feu de camp se mêle au murmure des grains de sable, emportés par la brise. On contemple les étoiles, jamais aussi nombreuses. Très haut perchée, la lune dort déjà, et procure une lueur apaisante. On s’endort le sourire aux lèvres, la tête au paradis. La nuit la plus calme de notre vie. Loin de tout, au milieu de l’Egypte, on se surprend à faire des rêves inhabituels. Parfois, on se réveille, perdu, et la forme des icebergs autour du camp nous rassure. Le soleil se lève petit à petit, la nuit disparaît, le désert se réveille. Des petites traces de pattes contournent le campement. Un fennec a laissé des preuves flagrantes de son escapade nocturne. Difficile de laisser son duvet douillet après un sommeil aussi profond. La chaleur se fait déjà sentir, il faut se lever. Le soleil a repris ses droits : il chauffe, assèche, éblouit. On mange son petit-déjeuner dans le calme, à moitié éveillé, à moitié endormi. Des hirondelles nous frôlent, profitant des nombreuses mouches attirées par la nourriture. Le guide nous avertit d’un sourire : il est temps de repartir. Avec regret, on rassemble ses affaires, on plie la tente, on salue une dernière fois son rocher préféré. Une aventure trop rapide, trop intense : cette nuit dans le Désert blanc reste un songe inoubliable .

L. F.
Comment s’y rendre
Du Caire, bus quotidien West Delta. Départ à 7h de Torgoman, changer à Marsa Matrouh. Arrivée à Siwa vers 17h30 ; 42 L.E. jusqu’à Marsa Matrouh puis 12 L.E. jusqu’à Siwa.
A savoir : La route de Bahariya à Siwa est officiellement fermée. Des autorisations spéciales sont aléatoirement accordées.
Où manger ?
Abdou, en plein centre-ville. Populaire et bon marché, bon couscous.
Kenooz Restaurant, à l’hôtel Shali Lodge Siwa, rue Al-Seboukha. Plus chic, plus cher, cuisine et accueil excellents, terrasse de charme.
Alexander, en face du Youssef Hôtel. Cuisine simple et bon marché, excellents jus de fruits.
Où loger ?
Fata Morgana Hotel, Al-Dakrour. Charmant hôtel, avec un grand jardin, un bassin d’eau de source et architecture originale. Salles de bain pas très bien équipées mais le charme des lieux efface cet inconfort. 225 L.E. la chambre double.
Shali Lodge Siwa, rue Al-Seboukha. L’un des hôtels les plus chic de Siwa ; excellent confort, chambres très agréables et bien décorées. 230 L.E. la chambre double.
Reem el Waha, sur la route d’Aghormi. Hôtel confortable et plus simple, avec piscine. 150 L.E. la chambre double.
Youssef Hôtel, centre-ville. Assez propre et bon marché. Environ 20 L.E. par personne, mais les prix changent souvent.
 

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