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Psychiatrie. Ce sont les femmes qui consultent le plus, les hommes étant plus fiers et soucieux de leur image. Enquête sur les raisons de ce phénomène.

Les femmes tournent le dos aux préjugés

Lorsque l’on parle de psychiatre, beaucoup d’hommes répondent : « Je n’ai pas besoin d’aller voir un psychiatre, je suis capable de résoudre mes problèmes tout seul », « Pourquoi perdre mon temps et mon argent chez un spécialiste pareil », « c’est un manque de foi en Dieu que d’aller solliciter l’aide d’un psychiatre » « Un homme ne doit jamais se plaindre » ...
Les femmes, quant à elles, pensent différemment. Elles confient : « Sans mon psychiatre, j’aurais été incapable de prendre des décisions et me préparer aux conséquences d’un divorce », « Sans les séances de psychothérapie, ma relation avec mon mari n’aurait pas duré ». Tous les témoignages de femmes attestent de leur besoin de recourir à un psychiatre.
Selon le Docteur Yousri Abdel-Mohsen, chef du département des maladies psychologiques à la faculté de médecine de l’Université du Caire, les chiffres assurent que 2,5 millions de personnes souffrent de troubles psychologiques en Egypte. Selon d’autres rapports internationaux, le pays compte 4,5 millions de dépressifs. Par ailleurs, des psychiatres affirment que ce sont les femmes qui viennent le plus souvent en consultation. Tamer Goweili, psychiatre et professeur à la faculté de médecine de l’Université du Caire, explique que 7 sur 10 de ses clients sont des femmes, alors que les hommes ne représentent que 3 sur 10. Selon lui, l’homme égyptien, de par son éducation, ne montre jamais ses points faibles. « Si l’homme se plaint, il apparaît aux yeux des autres comme un faible. Il n’a pas le droit de pleurer, alors qu’il n’y a aucune honte à le faire », éclaircit Goweili, qui ajoute que lorsqu’un homme lui rend visite, il est déjà trop tard : « Il est au bord du gouffre et n’arrive plus à supporter sa vie et son travail lorsqu’il vient me voir ».

La femme sujette à la dépression
Mahassen Ali Hassan, psychiatre et professeur de maladies psychologiques et mentales à la faculté de médecine de l’Université du Caire, note que la femme est plus sensible et souvent plus consciente de ses problèmes que l’homme. Elle pense que dans notre société patriarcale, la femme est souvent soumise à des pressions et que même si elle a acquis certains droits, elle souffre encore de discrimination, conséquence de traditions bien ancrées dans la société. Et d’ajouter : « Une femme active doit assumer plusieurs responsabilités aussi bien à la maison que dans son travail, sans compter ses obligations envers ses enfants. Et le plus souvent, le mari ne bouge pas le petit doigt. Il se sent moins concerné. C’est pourquoi la femme est plus sujette à la dépression ».
En effet, l’homme oriental est libre. Il sort et rentre quand il le souhaite et fait ce que bon lui semble.
Constamment sous effet du stress, la femme a besoin de s’extérioriser et ne voit aucun inconvénient à suivre une psychothérapie. De plus, elle subit des dérèglements hormonaux de la puberté jusqu’à la ménopause. Cycles menstruels, grossesses, accouchements, allaitement, autant d’étapes qui provoquent chez elle des troubles pathologiques.
Mahassen explique que le nombre de femmes en consultation est nettement supérieur à celui des hommes. Etant plus consciente de ses problèmes, la femme ressent un besoin de recourir au psychiatre et l’admet sans que son amour propre ne soit bafoué. Ce qui n’est pas le cas de l’homme, qui considère cela comme une faiblesse.
Nahla, après plusieurs années ponctuées de différends avec son mari, a dû recourir à un psychiatre. « Mon psychiatre m’a aidée à prendre une décision et à me préparer aux conséquences d’un divorce, à affronter la société et à admettre mes propres défauts », confie Nahla, qui a finalement divorcé il y a quelques mois.
Autre exemple, Soheir ne supporte plus les privations que lui impose son mari. Ce dernier l’empêche de sortir toute seule, d’avoir des loisirs, il prend son salaire et refuse de dialoguer sur tous les sujets de discorde. « Il ne veut même pas admettre que nous avons des problèmes », dit-elle. Sachant qu’il n’accepterait jamais l’idée qu’elle voie un psychiatre, elle l’a fait sans le lui dire. « Et cela m’a beaucoup aidée à comprendre comment changer les choses pour éviter un divorce », assure-t-elle.
Dans ce genre de cas, c’est toujours la femme qui fait le premier pas. C’est ce qu’explique le psychiatre Ahmad Abdallah, qui reçoit des couples en difficultés. Il indique : « Lorsque un homme vient me voir, il parle de ses problèmes au travail, ou d’un stress d’un autre ordre, mais rarement de ses problèmes conjugaux ». Un fait assuré par Albert, journaliste, qui ne repousse pas l’idée d’aller consulter un psychiatre : « Le stress de la vie fait qu’une personne peut sentir le besoin de parler avec quelqu’un de plus érudit, qui ne va jamais la blâmer, reprocher ses défauts ou ses points faibles, comme le font certains amis ». Il pense toutefois que les problèmes de couples sont plutôt liés à une question de comportement et d’habitudes qui sont difficilement modifiables. « Chacun de nous peut consulter un psychiatre en cas de stress, mais je refuse l’idée que nous nous rendions à deux chez un psychiatre pour exposer nos problèmes de couple », explique Albert.
Abdallah affirme que les femmes qui le consultent sont issues de différentes catégories sociales et que leurs âges varient entre 20 et 40 ans. « Opprimées pour la plupart du temps, elles sont exposées à des situations inhumaines. Une femme mariée à un homme impuissant, de 25 ans son aîné, ne peut devenir que dépressive, une autre dont les parents rejettent l’idée qu’elle divorce, alors qu’elle est humiliée et battue par son mari, ne peut penser qu’au suicide. Et quelle serait la solution pour celles qui découvrent que leurs maris dépensent leur argent pour d’autres femmes ou pour se droguer ? Elles doivent supporter tout cela car dans la société, les femmes divorcées ne sont pas appréciées, voire acceptées », approfondit le docteur.
Il conclut tout de même en signalant que les hommes ont commencé à prendre conscience de la nécessité de voir un psychiatre en posant des conditions. Car les mœurs de l’Egyptien ne lui permettent pas de franchir une barrière. « L’homme oriental ne pourra jamais se montrer faible », assure-t-il, en précisant que certains hommes demandent à être reçus chez le psychiatre sous un faux nom.
Doaa Khalifa
 

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