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Théâtre . La comédienne palestinienne Imane Aoune évoque son expérience dans les territoires occupés alors que sa troupe, Ashtar, donne actuellement à Ramallah L’Histoire de Mona. Une pièce relevant du théâtre dit « législatif ». Entretien.

« La culture est notre principale arme contre l’occupation »

Al-Ahram Hebdo : La troupe Ashtar est à l’origine une association. Quelle est exactement son histoire ?

Imane Aoune : Ashtar a été fondée en 1991 par mon mari Edward Al-Moallem et moi-même. Nous faisions tous deux partie de la troupe Al-Hakawati. Mais en 1991, elle a perdu son théâtre. C’était l’époque de la première Intifada. Certains sont alors partis en Europe, mais d’autres membres comme nous ont choisi de rester et d’y créer de nouvelles troupes. Ashtar est une association à but non lucratif à l’instar de toutes les autres troupes théâtrales en Palestine. La raison en est simple : nous n’avons pas de théâtres privés ou commerciaux ni de théâtres d’Etat. Car la Palestine n’est toujours pas un Etat, en dépit de l’existence de l’Autorité palestinienne et d’un ministère de la Culture. Nous ne disposons pas de moyens financiers pour avoir un théâtre public.

— Outre les représentations théâtrales, que propose Ashtar ?

— Ashtar présente un programme de formation théâtrale en Palestine. Nous avons voulu transmettre notre expérience pratique aux nouvelles générations. Le programme a été introduit dans des écoles non gouvernementales et offre une formation de 3 ans à des élèves âgés de 10 à 17 ans. Ceux-ci décrochent un diplôme au bout de ces 3 ans et un certificat leur permettant de poursuivre des études théâtrales à l’étranger, ou de joindre la troupe Ashtar. Dans ce cas, les diplômés suivent ensuite deux ans de formation supplémentaire pour devenir acteurs professionnels, travaillant en Palestine ou en Cisjordanie. Et forment à leur tour d’autres jeunes. Ainsi, nous avons actuellement quelque 22 formateurs et plus de 500 étudiants.

— Vous donnez actuellement à Ramallah L’Histoire de Mona, qui fait partie du théâtre dit « législatif ». En quoi consiste ce genre ?

— Je présente ce qu’on appelle le « théâtre législatif », une forme de théâtre qui s’inspire du théâtre des opprimés, lancé par Augusto Boal à partir des années 1970. C’est un genre que l’on présente pour la première fois en Palestine. Les lois injustes abondent dans notre société, on cherche alors à provoquer le public. Celui-ci est invité à réagir, à entrer en interaction avec les événements de la pièce, afin de lancer ses propres lois ou modifier d’autres déjà existantes. On rassemble toutes les propositions, on vote dessus, afin de les soumettre au Conseil législatif. En fait trois étapes ont lieu : le jeu théâtral, l’interaction et enfin la législation. Le spectacle se donne à Ramallah jusqu’en octobre prochain. Il est basé sur l’improvisation. Les idées du public incitent au changement, jaillissent durant le spectacle et sont débattues sur scène. Le public joue parfois à la place des acteurs pour changer les événements de la pièce, à sa guise. On essaye de procurer aux récepteurs une vision plus globale des problèmes et en même temps de faire parvenir aux responsables les propositions du peuple. Ashtar se transforme ainsi en un centre spécialisé pour le théâtre des opprimés au Moyen-Orient.

— La cause palestinienne et la résistance dominent-elles toujours le théâtre palestinien ?

— Cela dépend de ce qu’on entend par résistance. Certes, notre théâtre est un théâtre de résistance. Mais pour moi, la résistance ne consiste pas à se mettre d’un côté ou d’un autre. La résistance ne signifie pas raconter notre lutte contre l’ennemi ou évoquer inlassablement l’occupation. La résistance veut dire survivre, maintenir le sourire et célébrer la vie. C’est pourquoi notre théâtre est très diversifié, abordant des questions aussi bien politiques que sociales.

— Parlons de la Palestine, nous ne pouvons pas dissocier la vie culturelle de la donne géopolitique. Où se situe le théâtre dans le contexte actuel ?

— Ramallah est une ville très animée du point de vue culturel, il y a toujours des spectacles et soirées artistiques. Un esprit de concurrence règne s’agissant des diverses activités. Avant les accords d’Oslo, Jérusalem était le centre de toutes ces activités mais aujourd’hui, elle régresse progressivement. L’occupation tente de judaïser la ville et de la dénuder de tous ses symboles. A Bethléem, on trouve quand même peu d’activités théâtrales. En Galilée, il y a surtout des troupes qui font des spectacles pour enfants et pour adultes. Dans des villes comme Tulkarem et Naplouse, la situation est tout autre. Les conditions du théâtre sont plus contraignantes, alors que le centre est plus libéral et dynamique. A Ramallah, à titre d’exemple, l’activité culturelle se poursuit même à l’ombre de la 2e Intifada, durant laquelle la production industrielle et agricole a été suspendue. La culture est assez omniprésente non seulement au niveau du théâtre, mais aussi au niveau de la musique, de la poésie et de la littérature. Cela nous donne un sentiment d’espoir parce que la culture constitue notre principale arme contre l’occupation. La guerre contre l’occupation sioniste est essentiellement une guerre culturelle. Les sionistes s’intéressent à déformer notre histoire en leur faveur. Ils empruntent nos symboles culturels : costumes, textes, etc. Nous devons absolument tenir compte de l’importance de la culture quant à notre lutte .

Propos recueillis par
May Sélim

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